futatabi : Lost in Instropection✿ Lecture : 7 min

Odaiba, mars 2018 : Qui suis-je … ?

Bonjour chers lecteurs ! Voici bien longtemps que je n’avais pas buté sur l’entrée en matière d’un article. Et pour cause : cela fait deux mois et demi que nous n’avons rien publié. Début mars, nous vous narrions notre escapade au mont Nokogiri, dans la préfecture de Chiba ; et si nous n’avons plus écrit depuis, ce n’est pas parce qu’il ne s’est plus rien passé. Au contraire ! Quelques jours après la publication de ce dernier article, nous accueillions ma sœur et son mari, qui venaient ici pour la première fois. Nous les avons amenés à la découverte de Tokyo, puis du Kansai : Shinjuku, Shibuya, Odaiba, Chiyoda, le Kinkaku-ji, le Kiyomizu-dera, Shinsekai, le mont Kôya… tous les grands classiques y sont passés, nous donnant l’occasion d’approfondir notre connaissance de ces régions. Nous avons aussi voyagé un peu en dehors des sentiers battus, et ce furent deux semaines où même dans des coins où nous avons habité quelques temps, pas une journée ne s’est écoulée sans une nouvelle découverte.

Pour une fois, on avait quelqu’un pour nous prendre en photo. C’était cool.

A peine les deux tourtereaux repartis, il a fallu s’investir dans la rentrée des classes (qui, au Japon, se déroule en Avril) pour moi, et dans un tout nouveau travail pour Sylvain, puis nous avons reçu la visite de son père.

Au cours de ces deux mois bien remplis, où nous n’avons pas eu le temps d’ouvrir WordPress, j’ai fait pour la première fois l’expérience d’accompagner des personnes totalement étrangères au Japon, à sa culture et à son quotidien, dans leur découverte du pays. Ça m’a amenée à poursuivre ma réflexion, déjà bien entamée, sur la manière dont je pourrais réellement mettre à profit les connaissances que j’ai acquises en bientôt 7 ans d’études (et bien plus longtemps d’investissement personnel dans cette passion, puisque 8 ans se sont écoulés depuis le début de ma licence, 12 depuis mon année de 4ème, la première où j’ai le souvenir de m’être intéressée activement à la musique et aux bandes dessinées japonaises). Je ne trouve toujours pas de réponse à cette interrogation, mais face aux quelques situations où j’ai pu constater l’écart entre l’image véhiculée à l’étranger et la réalité du pays (le plus marquant étant quand j’ai appris que dans un guide touristique tout juste paru étaient encore mentionnés les “dimanches cosplay” de Harajuku, qui n’existent pourtant plus depuis bien 10 ans), il m’est de plus en plus difficile de ne pas questionner l’intérêt de m’ajouter à la somme des centaines de contenus disponibles sur internet, en français comme en anglais, qui dépeignent tous une certaine vision du Japon.

Fuji, sakura, écolières, “une certaine vision du Japon”… il faut admettre qu’on ne s’en lasse pas.

Conscients de ces phénomènes d’essentialisation, particulièrement puissants dans le cas du Japon (que ce soit pour en décrire les aspects positifs comme les négatifs), dès le lancement du blog, nous avons préféré produire des textes longs, toujours racontés du point de vue de notre propre expérience. C’était une tentative de réponse à cette tendance à n’exhorter que les aspects que l’on trouve fascinants dans la culture de ce pays : en décrivant une journée, avec presque la lenteur du rythme auquel nous la vivions, j’espérais qu’il ressorte clairement la multitude de facettes de notre vie ici, y compris les temps morts, les déceptions, mais aussi toutes les similitudes avec ce que l’on vivrait en France. En gros, je souhaitais que l’image du Japon qui ressortirait à travers ce blog soit celle d’une vie réelle. Sans doute parce que je me souviens encore très vivement de la sensation de vide qui m’a assaillie au début de mon premier séjour ici, quand j’ai réalisé que le temps se déroulait ici comme sans doute n’importe où ailleurs. Ici comme ailleurs, il y a des lieux magnifiques, des paysages superbes, une journée peut passer très vite quand on partage un repas chaleureux avec des amis ; il y a aussi des mœurs qui mériteraient d’être dépassées, des obligations sociales pénibles, des politiciens véreux (pléonasme ?)…  mais il y a surtout tous les moments qui ne sont racontés dans aucun récit : ici aussi, on marche dans des rues banales, on lave la vaisselle, on a un rhume de temps en temps, on fait des insomnies, parfois on s’ennuie, on reste à la maison ce week-end parce qu’on a assez dépensé ce mois-ci… .

Même les Jizô sont un peu nostalgiques quand il s’agît des tâches ménagères.

Alors, vous allez me dire que c’est bien beau de déblatérer des évidences pareilles, et que je devais planer un peu (ce qui n’est, certes, pas impossible) pour m’imaginer que la réalité en serait autrement. Bien sûr, je n’ai pas été surprise que la vie suive son cours ici comme ailleurs – d’autant que j’arrivais avec deux ans d’études japonaises comme bagage, et un certain recul acquis. Mais je pense que, très clairement, la somme de ces livres, guides touristiques, vidéos de voyages, blogs, qui se concentrent sur le plus beau, le plus étonnant, ou parfois le plus répugnant du Japon, en donne l’image d’une sorte de monde alternatif où la vie va à 200km/h, en une succession infinie de temps forts, où derrière chaque paysage incroyable on trouve un temple merveilleux, qui côtoie à quelques pas un gratte-ciel couvert de néons. En ce sens, écrire des textes où le temps passe lentement, et où une journée au Japon n’est pas faite que de choses fascinantes “vraiment très japonaises !” me semblait une alternative intéressante.

Pourtant, dans cet objectif-là, il semble évidemment contradictoire de se concentrer uniquement sur les récits de visites. Si des articles au sujet de mon banal quotidien n’intéresseraient probablement personne (sans doute pas même moi!), je m’interroge sur la possibilité de diversifier les approches. Et, de fil en aiguille, se tricote tout un ensemble de réflexions sur ce que j’ai envie de faire de ce blog – une problématique qui d’ailleurs fait écho à un questionnement plus large sur mes objectifs en général ; à un moment de ma vie où j’ai accumulé quelques connaissances et expériences, et où je souhaiterais les mettre à profit du mieux possible. A l’heure actuelle, à aucune de ces questions je n’arrive à répondre avec précision et certitude, et je pense que, finalement, c’est le moment d’expérimenter, de tâtonner, d’explorer les possibilités.

Sans perdre de vue mes motivations, je pense donc m’appuyer simplement sur mes envies pour continuer à écrire ici. Après tout, ce serait dommage de ne pas profiter de cet espace d’expression maintenant qu’il est créé, et alors que j’ai la chance d’avoir même une ou deux mamies qui lisent son contenu avec intérêt (et bienveillance !).

J’ai envie de continuer à utiliser cette page pour partager, surtout avec ma famille, les beaux paysages et les agréables expériences que je vis ici. J’aimerais aussi publier des articles sur les thématiques qui me tiennent à cœur : l’art et l’histoire (notamment). J’ai aussi pour projet, depuis quelques temps, d’explorer, dans une série de textes, mon rapport au “Japon”, qui a beaucoup évolué depuis le début de mes études, et à travers cela, la notion de “Cool Japan” et les phénomènes qui l’entourent. Puis, j’ai envie d’élargir mes horizons ; de ne pas parler que du Japon. D’une manière plus globale, j’ai envie d’écrire. Pour chacune de ces envies, j’ai l’impression de ne pas avoir le bagage suffisant, de ne pas être à ma place, de risquer de dire des idioties plus grosses que moi. Alors ma dernière envie est, avant d’apprendre à bien écrire, de réapprendre à écrire spontanément. Je crois que ce dernier point est intimement lié à mon statut de doctorante ; dès le lancement de ce blog, j’ai voulu appliquer la rigueur scientifique qu’on m’a inculquée depuis le master – cet espèce de lavage de cerveau, qui dépasse largement la consigne de “bien citer ses sources”, pour imposer de savoir justifier l’usage de chaque terme, et surtout d’éviter tout mot qui, de près ou de loin, pourrait éventuellement, peut-être, “pris sous l’angle des études de la sociologie-bactériologique des milieux tropicaux”, indiquer que l’on n’est pas tout à fait d’accord avec ce qu’il faut penser. Un ensemble de normes qui, sous prétexte de garantir une “bonne façon de réfléchir”, sont, à mon avis, avant tout une solide entrave à la créativité et à l’originalité. Me réapproprier une écriture spontanée, donc, dont cet article est un premier essai. J’avais ouvert la page pour vous parler des fleurs du printemps, et je me suis finalement laissée aller au fil de mes pensées. Peut-être est-ce terriblement décousu ? Sans queue ni tête ? (pas de chapeau, pas de braguette… )

Pour les floraisons, du coup, ça attendra le prochain !

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