Nikkô, l’héritage des shoguns Tokugawa✿ Lecture : 18 min

Nous sommes début novembre. Un dimanche matin ensoleillé s’offre à nous ; le temps rêvé pour une petite virée en dehors de Tokyo. C’est l’occasion de nous rendre dans la préfecture de Tochigi, à Nikkô, petite ville d’un peu moins de 100 000 habitants, à 140km au nord de la capitale.

Nous partons aux alentours de 8h de notre maisonnette japonaise, pour nous diriger vers la ligne de métro la plus proche, direction Asakusa. Une heure de trajet pour traverser la ville du sud au nord, et nous arrivons à la gare de la compagnie Tôbu. Après quelques égarements pour trouver le train, ou plutôt les trains, qui nous mèneront jusqu’à notre destination finale, nous nous dirigeons vers notre quai et nous préparons pour un long voyage à travers la périphérie nord de la mégalopole. Il est environ 9h30 quand notre carrosse quitte la gare. Arrivés depuis deux mois au Japon, nous sommes assez excités par cette première expédition en dehors de Tokyo. Nous n’avons jamais eu l’occasion de nous diriger dans cette partie du Kantô, et restons aux aguets derrière les vitres de la locomotive pour observer au mieux le paysage qui s’offre à nous. Un paysage qui, ma foi, restera longtemps très urbain. Nous verrons défiler pendant plus d’une heure une succession de maisons individuelles et petits immeubles de quatre ou cinq étages maximum, collés les uns autres, ponctué de petits commerces ou usines. De l’urbain à perte de vue, les murs s’empilent, s’encastrent et s’emboîtent de manière parfaitement ordonnée pour optimiser au mieux la surface habitable disponible. A en perdre pied.

Si j’insiste sur ce paysage très atypique à mes yeux, c’est que sa particularité architecturale rend, malheureusement, ce début de voyage un peu trop monotone à mon goût. Les grandes plaines du nord de Tokyo ne nous laissent guère de plaisirs visuels à nous mettre sous la dent. Seule une répétition de bâtiments et de préfabriqués s’enchaînent, aussi vite que les traverses du chemin de fer. Les montagnes, loin à l’ouest, peuvent parfois être entre-aperçues brièvement, mais la nature n’existe plus vraiment dans cet environnement hyper-urbanisé.

Nous changerons 3 fois de train pour parvenir à Nikkô, et c’est lors du changement dans le second que nous commencerons, petit à petit, à sortir de la mégalopole et de ses habitations à perte de vue.

Des plaines cultivées commencent à apparaître ici et là ; petit à petit, l’espacement entre les propriétés s’élargit, nous sortons de la préfecture de Tokyo pour rentrer dans celle de Tochigi. Malgré ce léger changement de décor, l’ambiance générale laissée par l’environnement extérieur nous semble toujours un peu maussade et, ce, même avec le magnifique soleil au dessus de nous. Passée la ville de Tochigi, notre train prend enfin la direction des monts et collines au nord-ouest et nous rapproche très vite de notre destination finale. Il est 12h15 quand nous arrivons à notre terminus, Nikkô. La gare semble minuscule comparée à celles que nous avons pu utiliser précédemment, et donne sur une petite place bordée d’une dizaine de boutiques proposant les spécialités culinaires de la région et autres souvenirs en tout genre. Au vu de l’heure déjà avancée, nous décidons de commencer à nous diriger vers notre première étape de la journée, et de chercher sur le chemin un restaurant agréable pour remplir nos estomacs qui crient littéralement famine devant tous les stands d’omiyage1Petits cadeaux-souvenirs ; souvent des spécialités locales. qui défilent sous nos yeux. 12H30, nous jetons notre dévolu sur un restaurant de ramen qui se démarque par sa devanture reprenant les codes classiques des échoppes japonaises mais utilisant des matériaux neufs et reluisants, lui conférant une allure proprette et moderne. Le style évoque les petits restaurants bio ou éco-friendly, et en effet, plus que sur la variété du choix (seuls 5 ou 6 plats figurent sur le menu), les propriétaires misent sur leurs nouilles confectionnées sur place. Nous ne serons pas déçus de notre choix ; le bouillon délicieux et les nouilles parfaitement cuites nous permettrons de refaire le plein d’énergie ! Nous quitterons la boutique vingt minutes après y être entrés, repus et contents.

 

Tôshô-gû, la sépulture d’un mégalomane de l’époque Edo

Si nous avons choisi d’effectuer notre visite de la semaine à Nikkô, c’est parce que cette petite ville est considérée comme l’un des lieux les plus éminents du Japon, d’un point de vue artistique et historique.  Classé depuis 1999 au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle rassemble un grand nombre de chefs d’œuvre architecturaux de la fin de l’époque médiévale, dont le sanctuaire de Tôshô-gû. Celui-ci se situe à l’intérieur d’un immense parc naturel composé de plus de 16 000 cèdres, et a été construit en l’honneur de Tokugawa Ieyasu, l’un des plus illustres shoguns, dont la dynastie régna sur le Japon féodal pendant plus de 200 ans.

En nous rapprochant de l’enceinte du sanctuaire, la foule se fait de plus en plus dense. Il faut dire que nous sommes un dimanche, et qu’en ce début du mois de novembre, les premiers érables, les kôyô2Kôyô (紅葉), ou momiji, est l’appellation donnée au rougissement des feuilles à l’automne., commencent à prendre leurs couleurs d’automne si belles et agréables à contempler.

Après quelques balbutiements avec Coline pour choisir le chemin qui nous permettra de rejoindre les divers édifices du sanctuaire, nous finissons par nous joindre à la masse sur un large sentier en gravier qui s’enfonce entre les cèdres, dans la montagne. Une centaine de mètres plus loin, nous apercevons une structure assez étrange et inattendue : un énorme bâtiment blanchâtre s’élève entre les arbres, qui, de notre point de vue, ressemble à une énorme usine. Un peu interloqués par cette structure, nous commençons à faire des suppositions loufoques et amusantes (la cantine des moines? Un crématorium? Une fabrique de statues?…), puis, en nous rapprochant, nous remarquons que ledit bâtiment se trouve être en plein milieu du sanctuaire (qui, lui, date de l’époque médiévale, je vous le rappelle!). Il ne fait pas de doute que nous n’arrivons pas à cerner l’utilité de cette tour depuis notre position. Nous décidons donc de nous en rapprocher un peu pour comprendre.

Si nos premières estimations nous avaient orientés sur un bloc industriel, la réalité sur la présence de cette immense structure, que nous avons très vite cernée en arrivant au pied de l’édifice, était bien plus logique et censée ! Il s’agissait en fait d’une énorme façade en toile (environ 30 mètres de hauteur) visant à recouvrir et protéger un des bâtiments du sanctuaire en rénovation. Vous aurez très certainement l’occasion de vous retrouver face à ce genre de spectacle si vous visitez le Japon, puisque la plupart des édifices religieux ou classés au patrimoine sont, du fait de leur composition essentiellement en bois et en peinture, restaurés en moyenne une fois tous les 30 ans. Mais malgré notre relative habitude envers ce genre de travaux de rafraîchissement, je ne peux pas m’empêcher de revoir cette gigantesque toile blanche montant à travers la cime des cèdes aux alentours, et me demander si nous avons là affaire à un génie de la préservation du patrimoine ou à un massacre d’un paysage naturel et historique. Chacun y verra donc ce qu’il souhaite !

Nous reprenons donc nos déambulations pour revenir sur ce qui semble être l’artère principale ; une immense allée de gravillons. La foule se fait encore plus dense, j’estime que nous aurons, durant cette promenade au sein du sanctuaire, croisé plus de 5000 personnes. Arrivés au pied du sanctuaire, nous contemplons cette masse se mouvoir sur une place où se trouve une très belle pagode, l’entrée du Tôshô-gû, et une série de petits préfabriqués en bois où se forme une file d’attente… ? Ah, les caisses pour acheter le ticket d’entrée du sanctuaire ! Après s’être délestés de 1300 yens chacun, nous voici donc autorisés à passer les portes de l’enceinte du sanctuaire. La relative exiguïté des lieux nous oblige à nous déplacer en groupe et par vagues, ce qui nous laisse le temps, tout au long de notre procession, de contempler les divers monuments.

Le haut de la fameuse Yômeimon, tout en simplicité !

L’époque Edo se caractérise, au niveau architectural, par l’émergence d’un style ornemental, symbole du faste d’une classe guerrière de plus en plus riche et puissante, venu cohabiter avec un style classique hérité des périodes précédentes. Cette mixité se reflète parfaitement sur l’ensemble des édifices qui composent le Tôshô-gû : les structures en bois suivent le style et le schéma de construction ordinaire des monuments japonais de l’époque, tandis que le tout est agrémenté de gravures, de laque dorée ou de haut-reliefs d’animaux. Cette prolifération de fioritures, d’apparats, et de détails, un peu baroque, presque rococo, reflète bien la personnalité de Tokugawa Ieyasu. Ce dernier s’étant auto-proclamé dieu en devenir, et se considérant comme un légitime descendant des divinités créatrices japonaises, il a tout logiquement souhaité, au moment de sa mort, qu’un édifice à la hauteur de son statut lui soit construit. Et on retrouve bien la mégalomanie du personnage dans certains bâtiments du sanctuaires, notamment lorsque l’on se rapproche de la porte Yômeimon, où le souci du détail a été poussé à son paroxysme : les gravures et les courbes s’enchevêtrent les unes sur les autres ; chaque espace vide est comblé par une sculpture de personnage, d’animal réel ou mythique, le tout recouvert de feuille d’or, ce qui donne à la porte un aspect somptueux et puissant, voire intimidant, qui ne nous laisse pas indifférents au moment de passer dessous. Derrière celle-ci, nous nous retrouvons dans une plus petite cour, mais sans pour autant être moins nombreux ! Ne pas se perdre et réussir à avancer devient donc notre première priorité le temps de comprendre la configuration des lieux et le chemin à suivre pour poursuivre la visite. En scrutant autour de nous, nous apercevons un regroupement de personnes devant une porte donnant sur un escalier qui s’engouffre entre les cèdres à travers la montagne.

(Le petit point historique de Coline) L’histoire du Japon de 1185 à 1868 est une succession de dynasties de shoguns prenant le pouvoir sur un empereur fantoche ; mais la plus durable de celles-ci est celle des Tokugawa. Cette stabilité est sans doute liée aux diverses initiatives de Tokugawa Ieyasu pour appuyer son pouvoir : entre autres, l’éloignement de la capitale impériale, Kyoto, au profit d’Edo, et l’auto-proclamation de son statut divin. La famille impériale étant jusqu’alors la seule descendance divine du pays, Ieyasu a en effet espéré s’élever au-dessus de celle-ci par cette décision. L’histoire veut cependant que le peuple n’adhéra que très partiellement à cette idée, laissant la divinisation de la lignée Tokugawa à l’état de doux rêve de son premier shogun.

 

Les animaux divins

En nous rapprochant un peu, je me rends compte que la plupart des visiteurs observent le haut de ladite porte, et plus particulièrement une sculpture peinte représentant un chat endormi. Intrigués par un tel engouement lié à cet animal assez banal, nous avons pris la peine avec Coline de nous renseigner au sujet de celui-ci.

Tout au long de la visite du Tôshô-gû, nous avons pu observer bon nombre de représentations animalières similaires à celle du chat dormant : des singes, des éléphants, des dragons, etc. On les appelle les shinjû (神獣 ; litt. animaux divins) ou les shinshi (神使 ; litt. Messagers divins ). Ils représentent des divinités aillant pris des formes d’animaux pour pouvoir apparaître devant les humains, juste avant qu’une bonne chose promise ne se réalise. La forme la plus commune de shinshi est le komainu (espèce de lion-chien) que l’ont voit souvent dans les jinja.

Au Tôshô-gû, ces animaux sont particulièrement nombreux, et contribuent d’ailleurs à la renommée du lieu. Il est pensé que la plupart symbolisent la paix. Plus de 29 sortes en sont recensées, et parmi les plus notoires, on retrouve notamment :

Le dragon, ou ryû (龍) :
Depuis des temps anciens, il représente le bon présage de gokokuhôjô (五穀豊穣), une exceptionnelle récolte, et on dit qu’il protège les choses sacrées. Ainsi, on ne le trouve pas seulement au Tôshô-gu mais un peu partout dans les sanctuaires et les temples. L’exemple le plus représentatif est celui du ou des dragon(s) que l’on trouve sur les « temizuya » (une petite fontaine à l’entrée des sanctuaires, où on se purifie en arrivant).

L’éléphant imaginaire, sôzônozô (想像の象) :
L’éléphant occupant une place prédominante dans le bouddhisme indien, on pense qu’il aurait été connu par le biais des textes bouddhiques, mais le premier éléphant venu au Japon ne serait pas arrivé avant 1728 (d’après les archives nationales). Ainsi, la légende veut que l’artiste du Tôshô-gû ait conçu l’image des éléphants sans jamais en avoir vu de réels. Certains éléments de la représentation, par exemple la base des oreilles, sont d’ailleurs un peu étonnants.

Le chat endormi ou nemurineko (眠り猫) :
Représentatif du Tôshô-gû. La légende raconte qu’il reste endormi ici pour protéger Ieyasu, mais reste prêt à sauter à n’importe quel moment. Une autre lecture de sa symbolique est liée à la présence de l’autre côté de la porte de trois moineaux qui jouent, ce qui laisserait penser que le message est « c’est une paix tellement grande que même le chat dort ».

Les singes ou saru (猿) :
Dans les écrits sacrés, on dit que le singe est l’animal qui protège le cheval ; il est donc représenté sur les écuries du Tôshô-gû. On retrouve huit parties, correspondant à huit éléments de la vie d’un singe, qui sont associées aux bonnes méthodes à suivre pour vivre sa vie en paix. Les célèbres 3 « singes de la sagesse » qui ont les mains sur les yeux, la bouche et les oreilles, sont l’un de ces huit tableaux, et signifient qu’il vaut mieux ne pas voir, entendre ou dire de mauvaises choses lorsqu’on est enfant.

Derrière cette fameuse porte, donc, gardée par une divinité dormante, se continue notre aventure. Nous grimpons un escalier de plus de 200 marches qui nous mènera au mausolée d’Ieyasu, à travers la gigantesque forêt de cèdres. L’urne censée renfermer les restes du seigneur s’avère être d’une simplicité exagérée en comparaison du faste vu quelques minutes plus tôt, mais donne au lieu une atmosphère de calme et de sérénité.

Ainsi s’achève notre visite du sanctuaire ! Nous utiliserons le même chemin pour redescendre au niveau de la place et de la pagode.

 

Le temple illuminé

Je regarde ma montre, il est déjà 15h30 (embrassons nous tendrement…). Je comptais nous amener aux chutes de Kegon, situées à plus ou moins 45 minutes de notre position, mais la rareté des bus et la course du soleil, déjà bien avancée, me font réfléchir à un autre plan pour terminer notre journée. En passant à côté d’un panneau nous découvrons qu’un temple sera illuminé les nuits du 4 au 5 novembre, et nous sommes justement le 5 ! Voilà donc une fin de programme parfaite pour cette journée découverte et culture. Il nous reste une petite heure à tuer avant de pouvoir profiter des illuminations, nous en profitons pour aller visiter les magasins de souvenirs et spécialités culinaires de la région de Nikkô situés en contrebas. A peine le temps de jeter un coup d’œil aux boutiques aux alentours que la nuit commence à tomber dans la vallée. Nous reprenons donc la direction du Tôshô-gû et plus particulièrement d’un temple, le Taiyû-in (大猷院), le mausolée du 3ème shogun Tokugawa (Iemitsu) qui se trouve à l’ouest du sanctuaire. Une petite queue d’une dizaine de personnes s’est formée devant l’entrée, un moine au niveau du guichet nous annonce que les illuminations commenceront dans 10 minutes. Nous nous installons dans la file d’attente et patientons tranquillement dans la fraîcheur de cette fin de journée, tout en contemplant les magnifiques érables qui bordent l’entrée. 17 heures, les premières lumières s’allument derrière la porte d’accès au Taiyû-in. Le nombre de visiteurs autour de nous ne ressemble en rien à la cohue vécue un peu plus tôt. Alors que nous avions du mal à nous déplacer il y a quelques heures, nous nous retrouvons parmi une quinzaine de courageux prêts à affronter le froid à la nuit tombée, pour profiter de la petite animation organisée dans l’édifice.

(A croire que le touriste moyen se contente du petit tour classique, que j’appellerai le tour « coin-coin », où l’on découvre le monde, bien rangés en file indienne, tels des canetons derrière leur mère. Je profite donc de ce petit coin (oh oh !) de texte pour laisser mon côté Guy Bedos s’exprimer et vous dire que ce qui se cache autour des endroits les plus connus, vaut souvent autant le coup que l’attraction principale des lieux. N’hésitez donc pas à sortir des sentiers battus (même si le résultat n’est pas toujours au rendez-vous) ; le jeu en vaut la chandelle.)

Arrivés au niveau du guichet, nous payons les droits d’entrée (500 yens chacun) pour avoir accès au temple, puis après avoir récupéré nos tickets, une personne placée derrière le portique vient à nous et nous distribue à chacun un échantillon de riz (une sorte de publicité locale pour les producteurs de la région), car nous faisons partie des premiers a être rentrés ici durant les illuminations ! Le petit échantillon (de trois fois 200g!) nous permettra au passage de manger un riz délicieux jusqu’à la fin de l’année ! Ravis et amusés par cet heureux hasard, nous nous dirigeons à présent vers la porte du temple où nous attend un moine à l’allure, ma foi, assez charismatique. Plutôt grand, rasé (ça alors!), et portant une joli paire de lunettes, il se présente à notre petit groupe de personnes et nous explique qu’il va nous servir de guide pour la visite.

Notre gentil guide !

Deuxième bonne surprise ! Cette soirée est décidément partie sur de bonnes bases. Ses explications sur l’histoire des lieux seront riches et précises. Nous ne comprendrons pas l’intégralité des anecdotes laissées ici et là, mais sa façon de parler, calme, posée, et de vive voix nous permettra de profiter au mieux du moment ! Celui-ci sera d’ailleurs superbe, tant l’environnement, dans et autour du temple, met en valeur les édifices en bois. Entre nature et spirituel, nous déambulons au crépuscule. Nous pénétrons d’abord dans une première cour, où quelques beaux érables et de jolies lanternes sont mis en valeur par les illuminations. La partie principale du Taiyû-in se trouve en hauteur, dans la forêt. Nous y accédons par un gigantesque escalier de pierre, traversant plusieurs grandes portes et bordé de cèdres, puis après nous être déchaussés (comme il est souvent de coutume), nous profitons de l’invitation de notre hôte, rare pour un tel édifice, et pénétrons dans le temple. L’intérieur de la pièce dans laquelle nous sommes réunis est magnifique, le guide explique d’ailleurs que la structure à la particularité d’être entièrement couverte en son intérieur, et partiellement à l’extérieur, par des feuilles d’or. Il ajoute qu’elle se trouve parmi les trois monuments japonais faisant la plus grande utilisation de celles-ci, avec notamment le fameux Kinkaku-ji (Pavillon d’Or) de Kyoto. Les fresques peintes sur les fusuma (portes coulissantes) représentent des entités divines, qui semblent nous toiser et nous mettre à l’épreuve. La suite des explications de notre guide ressemblera à une sorte de télé-shopping spirituel, puisqu’il présentera les différents mamori3Objet ou talisman protecteur. vendus dans le temple, en expliquant la correcte utilisation de chacun d’entre-eux, et surtout ce qui ne doit pas être fait avec pour ne pas s’attirer de malheur ! Assez amusés par ce spectacle, nous resterons jusqu’à la fin de celui-ci. Une fois ses derniers conseils commerciaux distillés, le moine prend congé du groupe, et nous repartons vers l’entrée en empruntant à nouveau le grand escalier de pierre. Mais cette fois-ci, l’ambiance n’est plus la même que 10 minutes plus tôt avant d’entrer dans l’édifice principal. La nuit est totalement tombée sur la forêt, et les jeux de lumières installés autours de nous nous offrent un spectacle splendide. Entre les structures de bois et de pierre, des couleurs violettes, vertes, rouges se succèdent et changent tour à tour l’aspect et l’ambiance des lieux. Un plaisir visuel qui restera l’un des plus beaux moments de la journée.

Nous ressortons heureux du Taiyû-in, qui nous aura fait oublier la déception de ne pas avoir eu le temps de visiter les chutes de Kegon.

Il est l’heure pour nous de prendre le chemin du retour. Un rapide crochet, pour observer ce qui ressemble à la préparation d’une cérémonie de mariage, puis nous redescendons en direction de la gare de Nikkô. Il nous faudra 30 minutes à pied pour rejoindre la place devant la station, sur laquelle nous décidons avec Coline de casser la croûte. Notre choix (surtout nos narines) se porte sur un stand à l’aspect sympathique d’où émane un fumet fort appétissant : des agemanjû ! Ce sont de petits gâteaux frits, le plus souvent garnis de ankô (pâte de haricot rouge sucrée), que l’on peut aussi retrouver accompagnés d’autres saveurs, telles que sésame, thé, prune, etc. Mais la particularité de ce stand-ci était que les gâteaux en questions étaient couverts d’une pincée de sel ! Et ce mélange entre le fondant de l’azuki, le croquant de la pâte et le piquant du sel (à prononcer avec un accent du Sud) est un délice absolu pour les papilles. Tellement bon en bouche qu’à peine après avoir terminé notre premier agemanjû, nous revenons sur nos pas pour en commander un second !

Il est 18h30, nous repartons le ventre plein, et la tête remplie en direction de Tokyo. Le trajet du retour sera aussi long qu’à l’allée, mais la nuit changera l’aspect et l’ambiance de la périphérie tokyoïte, si morose et morne de jour. Ici les lumières des feux de circulations, des panneaux publicitaires et des habitations défileront à toute allure devant nos regards fatigués après cette riche journée. Une sorte de farandole de couleurs et de flashs, ce qui définit assez bien le paysage urbain de la capitale, qui bien qu’impressionnante de jour par sa masse et son envergure, se transforme totalement à la nuit tombée pour devenir un véritable spectacle lumineux.

 

Galerie :

En bref :

 

Le lieu : Nikkô (kanji : 日光)

Site de la ville http://nikko-travel.jp/english/

Durée de notre visite : 1 journée

Transports (Depuis Asakusa) : Tôbu-line jusqu’à Nikkô, 2 heures, 2700 yens/personne (prendre l’express, la différence de prix n’est pas énorme et le temps gagné est vraiment important). Une fois à Nikkô, vous pouvez prendre le bus en direction du Tôshô-gû, ou faire le trajet à pied (environ 30 minutes de marche).

Manger : Le long de la route qui relie la gare de Nikkô au sanctuaire du Tôshô-gû se trouve toute une pléthore de restaurants et échoppes, vous trouverez forcément chaussure à votre pied. Petit conseil également, comme il est dit dans l’article, n’hésitez pas à goûter les agemanjû salés vendus sur la place de la gare, un régal !

Coup de cœur : Le Taiyû-in de nuit et ses illuminations d’automne, qui couplées aux couleurs des érables, nous ont offert un magnifique spectacle.

 

Notes   [ + ]

1. Petits cadeaux-souvenirs ; souvent des spécialités locales.
2. Kôyô (紅葉), ou momiji, est l’appellation donnée au rougissement des feuilles à l’automne.
3. Objet ou talisman protecteur.

1 Commentaire

  • Bozom Marie Luce 3 janvier 2018 at 10 h 08 min

    Sidérant de contenu, de références et de richesse linguistique. … Et quasiment dans un style orthographique parfait !!! Je vais faire un envoi sur Géo car c’est passionnant

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