Visa « rapprochement familial » : les 12 travaux de futatabix✿ Lecture : 24 min

Il y a quelques jours, Sylvain a enfin obtenu son visa « rapprochement familial » ; il est donc en situation régulière pour un an et trois mois (la même durée que moi), avec l’autorisation de travailler à temps partiel. Depuis le mois de janvier 2017, où nous avons eu confirmation de mon départ en échange, c’est près d’un an de recherches et de procédures administratives qui nous aurons mené ici. Entre règles ambigües, rumeurs, et fausses informations, il n’a pas toujours été facile de savoir quels étaient nos droits et comment effectuer les démarches. Je vais donc revenir sur ce « mini parcours du combattant », en détaillant au passage ce que nous avons pu apprendre sur les visas japonais, en espérant que cela puisse pallier un peu le manque d’informations claires et détaillées sur ce sujet.

 

Moi rédigeant une demande de visa ; une allégorie. (L’illustration sexy d’un sujet moins sexy)


Janvier à Juin : premières procédures et renseignements

 

Quand, mi-janvier, mon professeur m’a confirmé que je partirais pour Tokyo à la rentrée suivante, il s’agissait pour nous d’un projet de longue date et nous étions déjà assez bien renseignés sur les possibilités qui s’offraient à Sylvain pour qu’il m’accompagne. Nous avions d’ailleurs déjà commencé à préparer le terrain avec une étape assez importante (enfin, un petit détail, quoi) : le mariage. Non pas que nous nous soyons mariés « pour le visa », mais nous avons veillé à ne pas trop retarder la date, pour être bien prêts lorsque les démarches pour le départ devraient commencer. Nous savions en effet que pour que Sylvain puisse venir au Japon sur une longue période, il n’y avait que deux options : trouver un employeur qui lui fournirait un visa travail, ou obtenir un visa de rapprochement familial, dit « 家族滞在 » (kazoku taizai).
Fussions nous parti un ou deux ans plus tôt, il aurait pu compter sur l’option très alléchante du visa vacances-travail, qui peut être demandé jusqu’à la veille des 31 ans (et on doit partir pour le Japon dans un délai de 12 mois après l’obtention, ce qui permet donc de partir jusqu’à la veille de ses 32 ans environs). Sylvain ayant eu 32 ans en mai, cette possibilité ne s’offrait pas à nous, et la possibilité de trouver un travail depuis la France étant assez faible, nous n’avons pas pris le risque de nous retrouver séparés lors de mon départ et avons pressé la date de notre mariage.
Envisageant à l’origine un éventuel départ à la rentrée 2016, nous nous sommes mariés en juin de cette année-là, et à la réflexion je pense que ce n’étais pas plus mal d’avoir plus d’un an entre le mariage et le départ : cela nous a permis d’accumuler les papiers prouvant notre mariage (justificatifs de domicile à nos deux noms etc…) et de faire inscrire le nom de famille de mon mari sur mes documents officiels comme mon passeport ; permettant ainsi d’appuyer la sincérité de notre demande.
Nous étions donc mariés, ce qui était un bon départ (le visa ne s’adressant qu’aux personnes mariées ou aux enfants de la personne devant effectuer un séjour long au Japon). La première chose sur laquelle je me suis donc renseignée était la démarche à suivre pour les papiers de Sylvain. Sur le site de l’ambassade japonaise, la liste des documents à fournir est inscrite clairement, et deux types de dossiers sont présentés : un avec Certificate of Eligibility (un document fourni par le Bureau de l’Immigration au Japon, qui atteste que les conditions nécessaires pour l’obtention du visa sont rassemblées par le postulant, généralement abrégé en « CoE »), et un sans.
J’ai également cherché à obtenir des témoignages attestant de la possibilité d’obtenir un visa pour son époux lorsque l’on est étudiant ; un de mes amis de la fac en ayant fait lui-même l’expérience l’année précédente, nous partions confiants également sur ce point.


Démarches pour le visa étudiant

Pour mon propre visa (étudiant, « 留学生 » (ryûgakusei)), les démarches se sont effectuées comme prévu, de la même manière que lors de mon premier échange en 2012-2013 : le service des relations internationales m’a fourni le dossier à remplir pour mon université d’accueil, contenant à la fois des papiers pour l’inscription et pour le visa (notamment une demande de CoE à remplir, avec son modèle ; c’est ensuite l’université qui se charge de déposer la demande auprès du Bureau de l’Immigration, en se portant garant). Une fois ce dossier, relativement simple, rempli, il n’y a donc plus qu’à attendre de recevoir le CoE à la date annoncée (dans mon cas, entre mi-juillet et mi-août), puis de se rendre à l’ambassade ou au consulat avec celui-ci, le formulaire de demande de visa (disponible sur le site de l’ambassade), et son passeport. Le visa est délivré assez rapidement (un délai de une a deux semaines, si mes souvenirs sont bons).
La seule difficulté qui puisse éventuellement être rencontrée est d’attester des ressources nécessaires. Certaines universités demandent des attestations précises (économies, etc…), afin de s’assurer que l’étudiant pourra subvenir à ses besoins pendant l’année. La somme varie selon les universités, dans mon cas, il fallait justifier d’au moins 130 000 yens par mois (au taux de ce jour, 968 euros), ou l’équivalent d’économies. En ce qui me concerne, j’ai fourni la copie et la traduction (partielle) de mon contrat doctoral, indiquant la somme de mon salaire et la durée du contrat. Bien sûr, il est possible de compter sur les revenus de ses parents, auquel cas il leur faudra généralement rédiger une lettre attestant qu’ils prendront en charge les frais de leur enfant.
Comme il faut également fournir une copie de son passeport, et que le délai d’envoi du dossier est parfois assez court, il faut aussi penser à faire faire votre passeport dès l’annonce de l’échange, si vous n’en avez pas déjà un.

Durant les 6 premiers mois, nous nous sentions donc bien informés, confiants et détendus quant à l’obtention d’un visa pour chacun de nous deux. Jusqu’à ce que…

 

De Juin à Août : imprévus, incertitude, panique

 

Début Juin, voyant l’arrivée de mon CoE approcher, et avec elle la possibilité de commencer la paperasse pour Sylvain, je décroche mon téléphone et appelle le consulat de Lyon, afin d’obtenir quelques détails sur le contenu du dossier (des choses aussi bêtes que « faut-il avoir ou non ses lunettes sur la photo ? »). Je me présente donc et explique mon projet : je vais avoir un visa étudiant pour un an au Japon, et je souhaite obtenir un visa de rapprochement pour mon époux. Jusqu’ici, tout va bien, mon interlocutrice m’oriente vers le site de l’ambassade pour la liste des documents à fournir. C’est ici que je lui signale que, dans mon cas, je suis concernée par la seconde liste, celle « sans CoE ».

« Oui? Allô le Consulat ? »

En effet, puisqu’il est nécessaire d’être au Japon pour demander un CoE, ou qu’une entreprise/un garant le fasse pour nous, il n’était pas possible d’en obtenir un pour Sylvain. Si j’étais partie en contrat de travail, il est probable que mon entreprise d’accueil ait pu faire les démarches pour mon mari, mais en tant qu’étudiante, la fac ne propose pas ce genre de services. La liste « sans CoE » (comprenez bien, sans CoE pour Sylvain, puisque pour moi j’allais en obtenir un par le biais de mon université) mentionnait quelques documents supplémentaires : justificatifs de mariage, lettre mentionnant les raisons du départ et le projet, attestations de ressources, CoE du conjoint devant partir (donc mon CoE). Il était donc clair que je devais attendre l’obtention de mon propre CoE et de déposer le dossier de Sylvain avec ma demande de visa.
Sauf que, alors que je prononce ces mots, l’attitude de mon interlocutrice change du tout au tout : « Ah non, mais si votre mari n’a pas de CoE, ce n’est pas possible. Vous êtes étudiante ! Nous ne pouvons pas prendre la responsabilité, dans cette situation, de fournir un visa pour votre mari ! ». Je tombe des nues ! J’avais téléphoné au mois de mars et, bien qu’on m’ait alors fait savoir que ce serait « plus facile si vous pouviez avoir un CoE pour votre mari également » et suggéré de voir avec mon université, il n’avait à aucun moment été question de ne pas pouvoir obtenir le visa sans CoE. (J’avais alors contacté le service des RI de ma fac française pour me renseigner, mais le responsable de la section Asie m’avait envoyée promener en me disant que personne n’avait à s’occuper des papiers de mon mari qui n’était pas étudiant (et je ne vous cache pas qu’en tant que doctorante employée par la fac et qui doit partir dans le cadre de ce doctorat, j’ai été plutôt indignée par cette réponse sans aucun tact ni dimension humaine)). Je me défends donc au téléphone, j’argumente que j’ai un contrat de travail et un salaire. Rien n’y fait, la réponse est claire : on ne vous fournira pas de visa « rapprochement familial », vous devez soit obtenir un CoE pour votre époux avec l’aide de votre université japonaise, soit partir en premier au Japon pour faire vous-même sa demande de CoE et la lui renvoyer en France, afin qu’il fasse ensuite son visa.

A trois mois du départ, je ne vous dis pas la panique que ça a été. Tout ce que je pensais savoir était remis en question : je me voyais refuser la démarche car j’étais étudiante, qui dit qu’on ne me répondrait pas la même chose lorsque je serais au Japon ? Sylvain allait-il même pouvoir obtenir un visa, finalement ? Et puis, même en supposant que je puisse faire les démarches pour lui à Tokyo, nous avions déjà acheté deux aller-simples, non remboursables ni échangeables (d’ailleurs, nous avons appris qu’il vaut mieux toujours passer par les compagnies pour acheter ses billets d’avions et jamais par un revendeur/comparateur). Et quand bien même, pour moi qui n’ai pris l’avion que deux fois, prendre l’avion, réussir à me rendre jusqu’à la maison que nous avions loué (2h de train avec changements depuis l’aéroport), trouver ma fac, faire toutes les démarches, seule et sans l’aide de Sylvain qui connaissait alors bien mieux Tokyo que moi, ça me paraissait insurmontable.


Quelques détails qu’on aurait aimé connaître

S’en sont donc suivies des semaines d’angoisse à faire autant de recherches que possible. Entre autres, j’ai pu demander des retours d’expérience sur le groupe facebook « Japon de tous les jours » qui m’ont un peu aidé. Au fur et à mesure des recherches, j’ai réuni des informations postulant que :

– En fait, le consulat ne délivre aucun visa sans CoE (à l’exception du visa vacances-travail) ; ils n’ont pas l’autorité, et ça n’avait donc rien à voir avec le fait que je sois étudiante. Mon interlocutrice semblant être japonaise de langue maternelle, peut-être s’est-elle mal exprimée… ?

– Il n’y a pas de contre-indication entre le fait d’avoir un visa étudiant et d’obtenir un visa pour son conjoint. Il faut cependant justifier des ressources nécessaires.

– Il n’est pas formellement impossible d’entrer sur le territoire en tant que touriste (exemption de visa pour un séjour de moins de 90 jours), de faire une demande de CoE sur place, et de changer ensuite de statut de résidence. Cependant, les informations sur la question étaient clairement ambigües, peu nombreuses, et très diverses. En regardant les demandes de CoE, il est clairement demandé la « date de sortie du territoire », ce qui laisse supposer qu’on n’est pas censé être sur le territoire lors de la demande (autrement dit, on passe généralement par un « garant » ou son entreprise) ; d’autre part, pour le changement de statut de résidence, il est fait mention sur le site du Bureau de l’Immigration que, si l’on souhaite passer d’un statut de touriste à un autre statut, il est impératif de justifier de « conditions exceptionnelles et inévitables » (bien sûr, on ne sait pas ce qui est regroupé sous ce terme…).

– Pour entrer en tant que touriste au Japon, il faut avoir un billet de sortie du territoire. Légalement, c’est un impératif.

Nous nous sommes sentis particulièrement idiots d’avoir pris des aller-simples ; le billet aller-retour coûtant généralement quasiment le même prix. J’ai aussi appris qu’il était possible avec certaines compagnies de prendre un retour sans date fixe, ou de faire décaler sa date de retour pour une somme modeste. Je n’en sais pas plus là-dessus puisqu’il était, de toute façon, trop tard pour nous, mais c’est en tout cas ce que j’ai pu entendre dire.

Nous avons beaucoup gambergé, hésité entre annuler le départ de Sylvain et attendre que je lui envoie un CoE, ou garder nos plans comme prévu et le faire entrer en touriste. Nous avons opté pour la seconde option, mais la question du billet de sortie était un problème. Nous avons envisagé toutes les solutions possibles : acheter un billet Tokyo-Paris, acheter un billet pour la Corée du Sud (qui coûte quand même environ 120 euros, et qu’on ne pouvait pas prendre aller-retour au risque d’éveiller les soupçons sur les intentions de Sylvain), dire qu’il avait prévu de prendre « le ferry de Fukuoka à Busan »… . J’ai appris que cette question de « billet de sortie » tourmentait pas mal de voyageurs, notamment ceux qui décident de faire un tour du monde sans toujours savoir combien de temps ils resteront dans chaque pays ni vers quelle destination ils iront ensuite. Ainsi, les solutions pas vraiment honnêtes se multiplient sur le net, et on trouve par exemple des sites de « location de billets » (ne les utilisez pas, nous avons tenté le coup et c’est une arnaque : ils nous ont envoyé un numéro de réservation qui n’existait pas, et en plus le billet était un aller-retour qui ramenait à Tokyo le jour suivant (le genre de truc que tu ne peux pas trop montrer à la douane si tu es censé prouver que t’essaie pas de t’installer pour de bon dans le pays…)).
En ce qui nous concerne, nous avons décidé d’improviser le jour du voyage, en gardant la possibilité d’acheter un billet au dernier moment si cela nous était demandé. Sachant que l’on est censé vous poser la question lors de l’embarquement (ça a été le cas pour nous), et lors de l’entrée sur le territoire, à l’aéroport (ce qui n’a pas été fait). Finalement, nous n’avons pas eu à acheter de billet, mais j’ai passé les 48h les plus angoissantes qui soient ; à me demander si Sylvain n’allait pas se faire refouler à l’embarquement, ou pire, s’il n’allait pas être renvoyé lorsqu’on serait déjà au Japon (ce qui apparemment peut avoir de graves conséquences). Pour éviter cette situation, je ne peux que conseiller de prendre un aller-retour, quitte à ne pas utiliser le retour, qui au pire vous aura coûté 100 euros plus cher ; ce n’est pas cher payé si ça peut éviter de se faire renvoyer de force au pays.

 

De septembre à décembre : paperasse et attente

 

Le 5 septembre, nous sommes donc arrivés au Japon, moi avec un visa étudiant, Sylvain en tant que touriste. La grande peur de ne pas passer l’embarquement ou la frontière étant derrière nous, nous avons pu entamer, enfin, les démarches pour son visa, de manière un peu plus détendue. Malgré tout, les doutes et inquiétudes restaient nombreux. Tout d’abord, comme je l’ai mentionné plus tôt, sur le formulaire pour demander un CoE, on est censé inscrire la dernière date d’entrée sur le territoire et la dernière date de sortie ; je me demandais donc sérieusement si il était possible de faire la demande en étant sur place (ce qui semblait clairement contradictoire : on ne pourrait pas faire la demande depuis l’étranger, mais on ne pourrait pas non plus la faire en étant soi-même sur place). D’autre part, si une liste des documents à fournir pour chaque type de CoE est disponible sur le site du Bureau de l’Immigration, les conditions ne sont jamais énoncées clairement, et il revient au postulant de présenter un maximum de pièces justificatives – tout ce qui selon lui pourrait éventuellement être utile. De la même manière, si le dossier est rejeté, le Bureau de l’Immigration n’informe pas de la raison du rejet (afin d’éviter des tricheries). J’étais donc notamment soucieuse sur la somme dont il fallait justifier pour garantir de subvenir aux besoins de sa famille (qui n’est indiquée nulle part). Enfin, on se demandait encore si, une fois le CoE reçu, Sylvain pourrait faire la demande de changement de statut de résidence sur place, ou s’il devrait (comme c’est indiqué par le Bureau) rentrer en France afin de demander son visa pour revenir ensuite (oui, en termes de perte de temps et d’argent, c’est tout un concept…).

En route pour le Bureau de l’Immigration!


La demande de Certificate of Eligibility

Après quelques jours consacrés à ma propre installation (car pour cela non plus, la paperasse ne manquait pas), nous nous sommes donc rendus au Bureau de l’Immigration, dans le port de Tokyo, afin de déposer la demande de CoE. J’avais commencé à constituer le dossier dès le mois d’août, et j’y avais joint, en plus des documents obligatoires, plusieurs éléments qui me semblaient pouvoir jouer en notre faveur. Nous avions ainsi :

– Les documents obligatoires :

+ formulaire de demande de CoE
+ copie de ma carte de résident, copie du passeport de Sylvain,
+ justificatifs de notre relation (copie du livret de famille (où j’avais ajouté des annotations en japonais), copie de l’extrait d’acte de mariage (et une traduction en japonais de celui-ci, faite également par mes soins)),
+ justificatif de mon statut d’étudiante,
+ justificatifs de ressources financières (attestations bancaires de Sylvain et de moi-même mentionnant le montant de nos économies (avec le tampon de la banque, de préférence), et mon contrat de travail, avec les paragraphes importants (employeur, rémunération, durée du contrat) traduits en anglais, et en japonais)
+ une enveloppe timbrée à mon adresse

– Les documents que nous avons ajouté :

+ une lettre en japonais expliquant notre situation et nos projets au Japon (j’y ai notamment écrit que Sylvain me soutenait dans mon travail, et que d’autre part ce séjour lui permettrait d’approfondir ses connaissances de la culture et de la langue locale),
+ nos relevés de notes respectifs, de licence et de master, avec leur traduction en japonais (comme nous avons tous les deux étudiés le japonais, j’ai estimé que cela pouvait être un argument quant au fait que Sylvain s’intègrerait sans difficulté)
+ des justificatifs de domicile des années précédentes, afin de prouver que nous habitions ensemble en France (et donc d’appuyer la réalité de notre mariage),
+ ma carte de sécurité sociale japonaise

Comme indiqué sur le site, j’avais traduit en japonais les documents importants (il est aussi possible de le faire en anglais), et annoté ceux où une traduction entière n’était pas nécessaire (les relevés de banque, par exemple).

Pour cette première « excursion » au Bureau de l’Immigration, nous sommes arrivés tôt (peu après l’heure d’ouverture) ; nous avons rapidement trouvé la pièce concernant les demandes de CoE, et un peu moins rapidement la borne qui distribue les numéros d’attente (en fait, elle était sur le comptoir au milieu des employés, donc on ne s’attendait pas à la trouver là). L’attente a ensuite été relativement courte, peut-être une vingtaine de minutes. Lorsque nous avons été appelés, nous avons remis l’ensemble du dossier, ainsi que le passeport de Sylvain. J’avais rempli le formulaire par ordinateur, mais laissé certains emplacements vides si je ne savais pas quoi mettre. L’employée a donc commencé par m’indiquer les endroits manquant dans le formulaire, et ce qu’il convenait d’y écrire. Une fois cela fait, elle nous a laissé aller nous asseoir pendant qu’elle examinait le reste du dossier.
Une dizaine de minute plus tard, elle nous appelle et nous fait comprendre qu’il manque un document : mon certificat de scolarité (在学証明書, zaigakushômeisho). Comme sur la liste des documents demande un papier « attestant de l’occupation du garant », j’avais pensé que ma carte d’étudiant ferait l’affaire, mais celle-ci n’est pas acceptée. Il faut à tout prix le certificat de scolarité. Après un passage au service des visas étudiants afin de savoir si d’autres documents pouvaient faire l’affaire, l’impératif d’obtenir ce certificat m’est confirmé. Nous nous rendons au combini (supérette) du Bureau de l’Immigration pour envoyer un mail au service des RI de ma fac japonaise afin de solliciter ce document. La réponse n’arrivant pas immédiatement, nous décidons de rebrousser chemin et d’aller profiter un peu de Tokyo, pour revenir un autre jour. Quelques heures plus tard, le secrétariat de ma fac me répond que le certificat ne peut pas être délivré avant le jour où commencent les cours (j’avais du venir à Tokyo pour la pré-rentré le 8 septembre, mais les cours ne commençaient officiellement que le 22). D’ailleurs, le papier en question coûte 200 yens. Nous sommes un peu abasourdis par ce fonctionnement, mais surtout inquiets sur les délais : en effet, la réception du CoE peut prendre jusqu’à 3 mois, ce qui voulait dire que si nous attendions jusqu’au 22 pour déposer le dossier de Sylvain, il risquait d’arriver au terme de son visa touriste avant. Mais n’ayant pas d’autre choix, nous nous résignons à attendre cette date.

Entre temps, un ami français résident au Japon nous informe de l’importance d’avoir un numéro de téléphone pour le dossier de demande, au cas où il y aurait un problème ou un document manquant. L’employée du Bureau de l’Immigration ne nous en avait pas informés, et nous pressons les démarches pour en obtenir un (une autre galère qui fera l’objet d’un article un de ces jours !). Finalement, ce n’est que début octobre que nous retournons à Shinagawa pour déposer le dossier, complété avec un numéro de téléphone et mon certificat de scolarité (un mois entier ayant passé, nous avions aussi joint des justificatifs bancaires plus récents). Pour notre seconde visite, nous arrivons également à la première heure, et contrairement à la première fois, notre dossier est réceptionné dans la minute. Nous n’avons même pas le temps de vérifier que tous les papiers sont là (heureusement que j’avais bien préparé tout en avance, mais j’ai quand même regretté de ne pas avoir pu jeter un dernier coup d’œil). Trois minutes plus tard, on nous remet un papier confirmant que la demande a été prise en compte, et nous quittons les lieux. (C’est d’ailleurs ce jour-là que, ayant un peu de temps devant nous, nous avons visité le Shinagawa-jinja, non loin de là. Un petit trésor au cœur de la capitale !)


La demande de changement de statut de résidence

S’ensuit une attente plus ou moins longue. L’un de mes amis avait obtenu son CoE en moins de 10 jours, pour nous, il faudra un peu moins d’un mois. Le 29 octobre, Sylvain le réceptionne (contre signature). Le temps de s’organiser avec mon emploi du temps serré, et de demander à nouveau une attestation bancaire à jour, et nous repartons pour le Bureau de l’Immigration le 6 novembre. Il s’agit cette fois de demander un changement de statut de résidence ; je prépare une nouvelle lettre en japonais, expliquant notre situation (en enjolivant un peu pour donner des raisons « exceptionnelles et inévitables » de faire le changement), nous remplissons cette fois la demande de changement de statut de résidence, ajoutons le CoE nouvellement reçu, et remettons le reste des autres documents. Moins prudents que les fois précédentes (il faut dire que notre dossier avait été réceptionné extrêmement vite la dernière fois), nous partons pour le début d’après-midi. C’est une erreur : nous arrivons dans une salle d’attente pleine à craquer, où nous attendrons plus de 3h (c’était juste au moment où Ivanka Trump était en visite au Japon ; l’image tournait en boucle sur la petite télé !). 20 sudoku et beaucoup de soupirs de lassitude plus tard, notre numéro est appelé. Je m’apprête à tenter de me renseigner sur les « conditions exceptionnelles et inévitables », soucieuse que le dossier soit pris mais que notre demande soit rejetée et qu’il faille recommencer tout depuis la demande de CoE (car on le fournit avec la demande de changement).  Mais l’employée ne m’en laisse pas le temps ; elle demande à Sylvain de renseigner notre adresse postale sur une petite carte, lui tamponne son passeport (son visa touriste allait jusqu’au 4 décembre, mais la procédure pouvant prendre jusqu’à 3 mois, ils accolent un tampon mentionnant qu’un dossier est en cours et que le titulaire du passeport a le droit de rester sur le territoire jusqu’à ce qu’il reçoive une réponse). Elle nous explique tout cela, tout en disant que, d’après elle, ça ne devrait pas prendre plus de 3 semaines (je me sens donc rassurée car elle a l’air confiante dans le fait que la demande soit acceptée). Elle mentionne également implicitement le fait que, si la demande était refusée, nous récupérerions le CoE (je n’en suis pas certaine, tout est allé très vite). Enfin, elle propose à Sylvain de remplir directement la demande d’autorisation de travail à temps partiel, et nous explique que cela nous évitera d’avoir à revenir et à attendre à nouveau une prochaine fois. Nous remplissons donc la demande en question, et repartons avec un papier attestant de la demande, avec la consigne de ramener celui-ci lorsque nous viendrions chercher le nouveau statut de résident.


L’obtention du saint Graal … ?

Contrairement à ce qu’on nous avait annoncé, trois semaines plus tard, la réponse n’arrive pas. Le visa touriste de Sylvain expire, mais nous attendons patiemment. Enfin, le 9 décembre, alors que nous partons faire quelques courses en fin de journée, je vérifie l’intérieur de la boîte aux lettres. Sylvain me lance d’ailleurs un « cherche pas, y’a rien, j’ai regardé tout à l’heure ». Pourtant si, la petite carte est là. Dessus, la liste des documents à apporter (un timbre fiscal de 4000 yens, le passeport, le papier de la dernière fois, et la carte de résident (mais comme Sylvain n’en a pas encore, il en est dispensé)), et une mention : « merci de vous présenter avant le 8 décembre ». … Le 8 décembre ? Mais… c’est hier ! Décidément, le stress aura tenu jusqu’au bout !
Lundi 11, nous nous présentons à la première heure (après un détour par la poste pour acheter le timbre fiscal). A l’intérieur, nous faisons la queue une vingtaine de minutes pour donner le passeport, le timbre, et les papiers. Lorsqu’on passe au guichet, nous sommes soulagés de constater qu’aucune remarque ne nous est faite quant au dépassement de la date mentionnée sur la carte. On nous remet en échange de nos papiers un numéro d’attente. La durée annoncée est de 50 minutes. A nouveau, sudoku. Enfin, nous sommes appelés, et Sylvain se voit remettre sa carte de résident, avec un tampon mentionnant son autorisation de travailler. La durée de séjour est identique à la mienne : un an et trois mois (mais comme il l’obtient 3 mois après moi, finalement cela porte à mars 2019). On nous fait savoir qu’il doit enregistrer son adresse à la mairie locale sous 14 jours. Voilà un an de questionnements, d’inquiétudes parfois exagérées, et de paperasses diverses et variées, qui se terminent avec une petite carte verte.

Comme mon séjour devrait être prolongé (je prévois une seconde année d’échange en 2018-2019), nous aurons sans doute à nouveau à nous rendre dans ces lieux, mais en attendant, nous partons le cœur léger, déguster une bonne omuraisu bien baveuse au Denny’s. Une récompense bien méritée !

 

En bref :

Comme j’ai encore écrit un pâté, voici les quelques réponses que cet article espère vous apporter :

  • Les demandes sans CoE de visa ne peuvent être faites depuis un consulat ; il faut impérativement se rendre à l’ambassade.
  • Il est possible d’obtenir un visa rapprochement familial en étant étudiant.
  • Si vous souhaitez entrer en tant que touriste sur le territoire japonais, un billet de sortie est normalement requis. Le personnel d’embarquement de l’avion est en effet tenu de s’assurer que, si vous venez pour du tourisme, vous avez un billet de sortie, et la question nous a bien été posée.
  • Lorsqu’on remplit une demande de CoE en étant soi-même sur place, on doit indiquer « 滞在中» (« en cours de séjour ») dans la case demandant la date de dernier départ. Il est donc tout à fait possible de demander soi-même son certificat d’éligibilité.
  • Il est préférable d’avoir un numéro de téléphone pour faire les démarches auprès du Bureau de l’Immigration, bien que cela ne soit pas obligatoire.
  • Il est possible d’obtenir un changement de statut de résidence après être entré en tant que touriste. Dans ce cas, certains vous diront qu’il n’est pas nécessaire de faire la demande de CoE ; d’après moi, le CoE a joué un rôle essentiel dans le dépôt de la demande, et c’est probablement parce que nous l’avions que l’employée était confiante dans le résultat de la procédure. Il fait preuve de votre bonne volonté et de la sincérité de votre démarche.
  • Dans notre cas, les raisons « exceptionnelles et inévitables » ne nous ont pas été demandées verbalement lors du dépôt du dossier.
  • Il est possible de demander l’autorisation de travail en même temps que le changement de statut de résidence.

En espérant que cet article puisse répondre aux interrogations de ceux qui préparent un séjour ici ! N’hésitez pas à nous contacter où à laisser un commentaire si vous avez la moindre question !

6 Commentaires

  • Line Marlin 16 janvier 2019 at 19 h 21 min

    Merci !
    Avec mon compagnon nous révons de nous installer au Japon et on galère à monter notre projet. Il faut dire qu’il n’a pas le bac et est assez âgé ce qui ne facilite pas les choses 😉
    Mais ton article me redonne espoir !
    J’étais persuadé qu’il était impossible de faire un rapprochement conjugual avec un visa étudiant ! En revanche tu ne sais pas du tout quel montant financer, il demande ? Je pense que là ce n’est pas gagné… Vu que pour y aller je dois lâcher mon emploi.
    En tout cas encore un gros merci et j’espère que tout se passe bien là-bas !

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    • Coline 17 janvier 2019 at 3 h 19 min

      Merci Line pour ton commentaire 🙂
      Il n’y a vraiment aucune indication sur la somme à justifier. Ce qui est sûr c’est que pour ton propre visa (étudiant), on te demandera de justifier d’une certaine somme, qui varie selon les établissements (j’ai un ami qui a dû justifier de 6000 euros d’économies pour un an, d’autres de 800 euros par mois (salaire ou bourse)… Dans certains cas l’établissement accepte une lettre de prise en charge des parents (avec leur relevé de compte ou contrat de travail)). Après, quand tu fais la demande pour ton mari, je pense qu’il faut partir du principe qu’il lui faut la même somme (puisque ce sont les dépenses estimées sur place). J’avais lu quelque part le témoignage d’une personne qui avait fait venir son conjoint en justifiant de 14000 euros d’économies (pour un an, on retombe à peu près sur nos pattes). Dans tous les cas il vaut mieux partir avec un bon matelas car ça coûte cher de s’installer, surtout si vous n’avez pas de travail au début. Bonne chance à vous en tout cas 🙂

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  • Carole 18 septembre 2018 at 22 h 39 min

    Bonsoir,
    Ton article est vraiment complet et très intéressant. Je rencontre aussi beaucoup de difficultés à obtenir des éléments concrets concernant les démarches que je dois effectuer. Je m explique : je vais demander un visa étudiant pour avril prochain dans une école privée de langue étrangère à KYoto. Je pars avec ma fille mineure . Je représente visiblement un vide juridique car je n’arrive pas à savoir quel type de visa doit obtenir ma fille et comment je demande son visa. Mon école ne peut le faire pour elle. L ambassade m indique en mars dernier qu il faudra que je demande un via dépendent et la semaine dernière ce n était pas possible. Je suis un peu perdue. Dois je demander un rapprochement familial ? De France ou au Japon ? merci de tous les conseils que tu pourrais m apporter. Sincèrement. Carole

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    • Coline 2 octobre 2018 at 5 h 48 min

      Bonjour Carole.
      Excuse-moi de n’avoir pas répondu plus tôt. Je pense que ta situation répond plus d’un “vide administratif” que d’un “vide judirique” : étant ton enfant, et devant venir au Japon dans le cadre d’un “accompagnement familial”, le visa adapté est bien celui de rapprochement familial (“dependent” en anglais, 家族滞在 (kazoku taizai) en japonais). Le problème est plutôt lié au fait que ce type de visa est très rarement demandé par des étudiants (ou futurs étudiants) ; en général, ce sont des personnes qui viennent pour le travail qui en font la demande. Or, lorsque l’on vient dans le cadre du travail, l’entreprise se charge de faire les démarches nécessaires – ce qui ne semble pas être la cas de la plupart des écoles/universités.
      Dans l’absence de personne pouvant faire la demande de CoE à ta place au Japon, en théorie, la démarche est la suivante :
      – Tu te rends au Japon en premier
      – Tu fais la demande de CoE pour ta fille, qui peut prendre jusqu’à 3 mois
      – Une fois le CoE reçu, tu l’envoies en France, pour qu’elle demande son visa (qu’elle recevra sous 2 semaines)

      Bien sûr, il peut être très compliqué de procéder ainsi puisque ça implique que ta fille reste (seule ?) en France. La solution si vous souhaitez partir en même temps est sans doute la même que la notre : ta fille doit arriver au Japon en tant que touriste, puis vous irez demander ensemble le CoE après votre arrivée, pour pouvoir basculer vers un visa “dependent”.
      Il n’est pas “censé” être autorisé d’entrer sur le territoire en tant que touriste, en ayant dès le départ l’intention de changer de visa. Mais dans les faits, à condition d’être en règles, d’avoir les papiers (et ressources) nécessaires, je ne connais personne pour qui cela ait posé problème.
      En revanche, si tu penses faire ainsi, je te conseille vivement de prendre un billet aller-retour (retour sous moins de 3 mois) pour ta fille, quitte à décaler la date ou à annuler le retour (en général, ça ne coute pas beaucoup plus cher que l’aller-simple, de toute manière). Sylvain et moi avons “bluffé” à l’aéroport, mais nous serions vraiment tombé de haut si l’embarquement de Sylvain avait été refusé après vérification de sa situation (ou, pire, s’il avait été renvoyé en France au moment de passer la douane). Et ce billet permettra aussi de montrer votre bonne volonté de respecter les règles, si quelqu’un en doute.

      Pour finir, je te conseillerais quand même de voir auprès de l’ambassade (celle de Paris, pas un consulat) si la démarche suivante est possible :
      – Recevoir ton Certificate of Eligibility (envoyé par ton école)
      – Effectuer la demande de visa dependent de ta fille AVEC la copie de ton CoE depuis l’ambassade de Paris
      Si cela est possible (il me semble que ça l’est), il faudrait alors demander combien de temps il faut entre le dépot du dossier et l’obtention du Visa, et voir (selon la réponse) si ton école peut t’envoyer le CoE le plus tôt possible afin de pouvoir faire la demande.

      En espérant avoir pu t’aider un peu. Bon courage ! Coline

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  • Elsa 19 juillet 2018 at 15 h 43 min

    Hello Hello,

    J’écris rarement des commentaires, mais du coup je prends 5 minutes de mon temps pour te remercier de ton retour d’expérience. Je suis en plein dans les démarches (pour l’été prochain, je m’y prends tôt) et c’est un peu la croix et la bannière pour comprendre tout cela… D’autant que pour ma part, ce n’est pas pour mon conjoint mais pour mon enfant que je souhaite un CoE et donc un visa de rapprochement familial.

    J’espère que tout va bien pour toi depuis.

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    • Coline 23 juillet 2018 at 16 h 04 min

      Bonjour Elsa. Merci beaucoup pour ton commentaire !
      C’est vrai que ces demandes de visa représentent beaucoup de paperasse… Et ce n’est pas simplifié par le fait que le bureau de l’immigration ne donne que le minimum d’informations indispensables sur les conditions à remplir (afin d’éviter toute triche…). J’ai un ami qui a pu faire venir son épouse et sa fille en étant étudiant. De mon point de vue, j’imagine qu’il y a plus d’indulgence quand il s’agit de faire venir son enfant, car il semble compliqué de séparer l’enfant de son parent. D’ailleurs, si comme moi tu viens en tant qu’étudiante, je pense que cela vaut le coup d’écrire directement à l’université d’accueil pour présenter la situation et demander s’ils peuvent aider pour la demande de CoE pour ton enfant. Les gens de ces services sont généralement très compréhensifs et arrangeants, et si ils ne peuvent pas faire la demande de CoE, ils pourront au moins te donner des conseils, peut-être te mettre en contact avec quelqu’un qui a été dans la même situation auparavant… .
      Ici, tout va bien, nous prolongeons le séjour d’une année, à Kyoto. La prochaine étape sera la demande de prolongation de nos visas, et je ne sais pas encore si je dois faire prolonger celui de Sylvain en même temps, ou le miens en premier, puis le sien…
      En tout cas, bon courage 🙂 et j’espère que ton séjour ici te plaira !

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