Oeshiki, voyage d’un autre monde✿ Lecture : 15 min

De la pluie. Ce début d’automne et ce mois d’octobre ne sont que la répétition continue du doux son de l’eau qui tombe et s’écoule sur le toit de notre maison. Si, n’en déplaise à certains, l’eau mouille, elle a la faculté d’apaiser mon esprit, à la manière de ces petits ruisseaux qui coulent tranquillement le long des chemins de randonnées pyrénéens. C’est dans cette ambiance de calme et de fraîcheur que, ce jeudi 12 octobre à 19h, Coline franchit le seuil de la porte et m’annonce « Sylvain, habilles-toi on part à un matsuri ! ».

Sans chercher à comprendre, mon cerveau se met automatiquement en marche forcée, et je file dans la chambre pour récupérer pull, blouson et tout le nécessaire pour me préparer à sortir. De retour dans ce que nous pourrons appeler notre « salon », je prends le temps, tout en enfilant mes affaires, de me renseigner sur ledit matsuri.

Ah, au fait ! Si ce mot vous est familier sans que vous puissiez encore comprendre l’ensemble de sa signification, pas de panique : un matsuri signifie littéralement festival. Très usité sur l’archipel, vous avez déjà pu rencontrer ce terme au cours de nos autres visites ou péripéties sur le blog. Bien qu’il puisse désigner des fêtes célébrées assez discrètement en famille, comme le Hina-matsuri en mars, ou le Tsukimi à l’automne, il s’agit souvent de festivités rassemblant les habitants d’un quartier, ou d’une ville. Mais à la différence de la traditionnelle « fête au village » ou des vogues de par chez nous, le matsuri a généralement une relation directe avec la religion, shinto ou bouddhique, et les croyances locales. L’ambiance qui se dégage de ces événements, et notamment des grands matsuri, est unique et nullement comparable à ce que vous trouverez en France. Je vous souhaite d’ailleurs de pouvoir découvrir de vos propres yeux ce spectacle, même si les rigueurs des calendriers ne facilitent pas toujours la tâche.

Coline m’explique donc qu’en rentrant de l’université, elle a croisé à la station de métro un couple de français qui semblait un peu perdu et que, leur ayant proposé de les aider, ils lui avaient demandé comment se rendre au temple Honmonji (本門寺). Après leur avoir indiqué le chemin, elle avait réalisé que c’était aujourd’hui qu’avait lieu le grand matsuri de ce temple, à deux pas de notre maison ! Ce n’est pas faute de s’être renseignés plusieurs semaines en avance, mais pris dans les tâches quotidiennes, nous n’avions pas vu la date approcher. Le hasard fait donc bien les choses… Et après s’être séparé des touristes, elle avait filé au pas de course pour rentrer m’annoncer la nouvelle.

Il doit être environ 19h30, la nuit noire semble encore plus sombre avec les nuages qui masquent les rayons de la lune. La pluie a décidé de nous donner un moment de répit et nous profitons de cette accalmie pour nous diriger vers les rues proches du temple. A peine sortis, des sons inhabituels se font entendre, je crois distinguer des percussions ainsi que des psalmodies venant de notre destination. Une petite excitation s’empare de nous ; sans comprendre encore l’ampleur du matsuri vers lequel nous nous dirigeons, nous comprenons très vite que celui-ci sera très différent des quelques petits festivals auxquels nous avons pu participer jusqu’à maintenant.

Une fois la principale artère routière passée, nous nous trouvons déjà au pied du temple, et une porte, érigée pour l’évènement, composée de tubes de fer sur lesquels sont accrochés des lampions, marque l’entrée dans l’enceinte des lieux. Les paroles et les musiques se font de plus en plus en distinctes, tandis que l’atmosphère étrange s’intensifie avec le manque de vision et cette noirceur qui se dégage des rues peu éclairées aux abords du temple. J’ai à peine le temps de sortir mon appareil photo pour prendre les lanternes, qu’une procession venant de l’intérieur de l’édifice apparaît soudain, et se dirige vers nous. La scène est irréelle, et marque notre entrée dans le matsuri. Après un premier groupe de moines, des hommes en chemise blanche, pantalon et chaussures de costume, et des femmes en tailleurs, défilent devant nous, au rythme des percussions et récitant inlassablement une même phrase. Nous sommes captivés… Ces individus, qui devaient être quelques heures plutôt assis derrière leurs bureaux, se retrouvent métamorphosés dans cette scène, alors qu’ils conservent les codes vestimentaires propres à leur quotidien. Ils semblent presque figés, tant le long cortège déambule lentement et méthodiquement dans les rues de la ville. Après plusieurs minutes, le rassemblement finit par nous dépasser et disparaître à l’angle de la rue, sous nos regards médusés. Nous avons été transporté au sein d’ « Oeshiki » (お会式 ; litt. cérémonie du rassemblement), au cœur de l’immensité du temple Honmonji, et nous en resterons prisonniers plusieurs heures avant de le réaliser.

Bienvenue dans le matsuri Oeshiki

 

Nichiren, le Honmonji et Oeshiki

Le Honmonji est un temple dédié à Nichiren – parler de l’un revient donc indubitablement à présenter l’autre.

Il y a plus de 700 ans, le 13 octobre 1282, Nichiren Shônin (日蓮上人, 16/02/1222 – 13/10/1282), dont le nom bouddhique signifie « Soleil du Lotus », fondateur de la branche Nichiren du bouddhisme au Japon, s’éteignait à Ikegami, alors qu’il tentait de se rendre aux sources chaudes de la région de Hitachi pour guérir de sa maladie. Quelques jours avant sa mort, à la demande du croyant et très puissant seigneur Ikegami Munenaka, Nichiren fonde le temple Honmonji. Un des autres noms officiels du temple est Chôeizan (長榮山) : chô signifie « long », ei, « prospérité » et zan, « montagne ». L’envergure du terrain offert par le seigneur à Nichiren est immense. Elle s’étend au chiffre symbolique de 69384 tsubo1Un tsubo, correspond à un tatami soit environ 3,3m²., soit le nombre de caractères chinois présents dans le sutra du lotus2Doctrine que prône Nichiren.. Le temple sera en partie détruit durant les bombardements de 1945, mais très vite reconstruit grâce à l’afflux de dons des croyants et disciples de cette école.

La cérémonie de l’Oeshiki s’étend sur trois jours, commémorant chaque année l’anniversaire de la mort physique de Nichiren. La veille de celle-ci lors de la nuit du 12 octobre, une foule de fidèles se rassemble autour et dans l’enceinte du temple. Des parades de mando (litt. 10000 lanternes) et de matoi (sapeurs-pompiers de l’époque Edo) défilent dans les rues aux abords du temple, et terminent leur parcours au pied du bâtiment principal, dans lequel se trouve la statue de Nichiren. Elles sont accompagnées lors de leur procession par des groupes de percussionnistes et de flûtistes. Un mando est un char de près de 5 mètres de hauteur construit sous forme de pagode à 5 étages, avec sur ses côtés des images représentant la vie de Nichiren ; le tout est éclairé de l’intérieur et recouvert par des branches, qui rappellent la forment des saules pleureurs, ornées de fleurs de cerisiers en papier. Il est en effet dit que lors de la mort de Nichiren, les cerisiers fleurirent une nouvelle fois ; ce qui est en partie vrai, puisqu’au Japon une variété de cerisier à la particularité de fleurir à cette époque de l’année.

 

L’autre monde

Deux cortèges viennent ainsi de passer devant nous, et nous laissent l’entrée du temple libre. Nous avançons, encore transportés et étourdis par ce que nous venons de voir. Notre quotidien vient de disparaître, tout ce qui pouvait nous relier à la réalité de notre séjour tokyoïtes s’est d’un seul coup évaporé sous la chaleur et l’ambiance que dégage les lieux. Nos pas nous conduisent à une entrée annexe du Honmonji, qui est composée de plusieurs édifices, dont le Daibô-Hongyôji (大坊本行寺), et ce qui ressemble à un bâtiment administratif, très récent, associé au temple. Nous profitons de l’endroit en jetant un œil aux quelques premiers stands de nourritures, présents dans tous les matsuri : yakitori (brochettes de poulet), okonomiyaki (omelette à base de choux), et autres frivolités gustatives en tout genre. Il faut dire que nous sommes partis sans avoir eu le temps de manger et que nous comptons bien profiter de tous ces alléchantes invitations à la dégustation pour composer notre repas du soir. Mais ce ne sera pas pour tout de suite ! Mon regard s’est porté sur un regroupement de gens au pied de ce qui ressemble au loin à un arbre, ou plutôt un arbuste au vu de sa taille, qui est assez étrangement esseulé au sein de la cour. En me rapprochant de ce petit attroupement, je constate que tout le monde prend en photo la plante, pourtant d’apparence banale. Mais à bien y regarder, l’attention de tous se porte en fait sur deux ou trois fleurs blanches qui se dérobent entre les frêles branches de l’arbre. Je découvrirai plus tard que cet « arbuste » est le fameux cerisier, dont je vous parlais plus tôt dans la partie consacrée à Nichiren, qui fleurit en automne. Je me permets à mon tour quelques clichés, avant d’entendre un son qui me paraît maintenant familier : celui d’une procession à l’approche. Cette fois-ci, ce ne sont plus des hommes d’affaires ou des moines, mais des enfants qui arrivent en rang, regroupés selon leur appartenance à un club sportif, à une école ou à un collège, dont ils arborent l’uniforme, et s’arrêtent à quelques mètres de moi au centre de la place.

Une fois tous les groupes rassemblés, une très courte prière est prononcée, puis un moine posté à l’entrée du bâtiment administratif invite tous les participants à venir récupérer des omiyage3Ici, des petits cadeaux.. Une sorte de Noël avant l’heure pour notre époque contemporaine, qui a bien y réfléchir faisait peut-être office au XIII e siècle d’une festivité similaire, associée non pas au christianisme mais à Nichiren.

La foule dissipée, nous repartons en direction du site principal du Honmonji, situé en haut de la colline. Nous déambulons sur un chemin, grimpant entre les tombes et les monuments en pierre, éclairé par des lanternes en papier d’où s’échappe une lumière jaune donnant à la flore avoisinante un aspect mystérieux. Quelques mètres à peine nous séparent du plateau où se trouvent les deux grands édifices consacrés à Nichiren : le Honden (本殿) et le Daidô (大堂) . Arrivés sur les hauteurs, nous longeons le Honden, le long duquel nous croisons plusieurs personnes portant des illuminations en forme de branche de fleurs (sans doute des cerisiers) éclairant le chemin de leur lumière blanche à la manière d’une retraite aux flambeaux. Un peu plus loin, les mando, ces chars en forme de pagode à cinq étages, attendent leur prochaine destination. La foule s’intensifie au fur et à mesure que nous nous rapprochons du temple majeur, le Daidô. Postés à quelques mètres de celui-ci nous observons, dans la marée humaine, les autorités japonaises dispenser leurs consignes pour assurer la bonne tenue de l’événement. La place ressemble à une fourmilière ; tout le monde se croise, se dépasse et se déplace dans une sorte d’incommensurable fouillis, mais en réalité tout est calme et malgré le vacarme sonore généré par un tel regroupement, la foule avance à son rythme, tranquillement et simplement, en suivant les indications disséminées ici et là par des pancartes ou des gendarmes, surveillant avec bienveillance et autorité toutes ces petites fourmis venues se promener. Nous comprenons par le biais des policiers que l’accès au Daidô se fait depuis l’autre côté (hors nous nous ne connaissons pas du tout la configuration des lieux !), nous décidons donc de suivre la foule qui semble redescendre en direction des habitations en contrebas. J’en profite au passage pour acheter quelques karaage (poulet grillé) sur le stand d’un gentil papi. La route qui nous emmène vers le centre ville est large et calme, nous marchons tranquillement en échangeant nos impressions sur ce que nous venons de découvrir, tout en grignotant nos bouts de poulet. Dans cette soudaine quiétude, nous nous demandons un instant si nous n’avons pas pris le chemin du retour. Les premières maisons apparaissent au loin et je me prépare à chercher notre prochaine étape, quand nous apercevons face à nous une immense colonne de stands proposant  nourritures, boissons, jeux et toutes sortes de frivolités propres à tous les matsuri. Notre destination est toute tracée …

En s’engageant dans ce dédale de boui-bouis, l’espace se rétrécie et la foule s’intensifie. Nous nous retrouvons bientôt coincés au milieu de toutes ces personnes, à suivre une vague humaine, qui avance en parlant, en riant, accompagnée par le bruit des vendeurs qui tentent de nous inviter à venir déguster leurs mets. Le demi-tour n’est plus envisageable tant la puissance du défilé est forte, nous ne pouvons qu’avancer en espérant que la majorité des personnes autour de nous souhaite rejoindre, elle aussi, la Sômon (総門), l’entrée majeure du temple. Un petit arrêt dans un stand d’okonomiyaki, préparé à la façon de Hiroshima (un œuf est cuit en plus sur l’okonomiyaki), nous permet de finir notre repas pour la soirée, puis nous reprenons notre place dans le cortège. Depuis ma position privilégiée (c’est à dire mes 1m90 de hauteur, ce qui n’est pas toujours un avantage dans ce pays), je scrute et j’observe. Cet amas de gens me laisse sans voix, ces rues étaient pourtant si calmes quand nous les avions empruntées il y a quelques semaines de cela. Ce soir, le quartier tout entier s’est transformé, et la relative tranquillité a laissé place à la fête, la musique, la danse, et la joie. Portés par les mouvements de la foule, nous tournons plusieurs fois, à droite, à gauche, finissant par perdre tout repère, perdus dans notre propre quartier. Nos pieds avancent, nos yeux s’arrêtent sur de nouvelles curiosités, échoppe après échoppe. Parfois, des personnes nous abordent, joyeuses, sans doute échauffées par l’alcool, comme cette dame dans la soixantaine qui, après nous avoir demandé d’où l’on venait, s’exclame et nous serre les mains, amusée et taquine.
Après une quinzaine de minutes passées à déambuler entre les rues couvertes de stands et de gens à n’en plus finir, je finis par sortir de ma torpeur et tente de me repérer géographiquement pour m’assurer que nous filons toujours bien droit en direction de la Sômon. Nous coupons entre deux petites ruelles pour nous retrouver sur un plus grand axe, où les festivités prennent une nouvelle forme. Au centre de la rue paradent des groupes de percussions, des danseurs, des flûtistes… . Le spectacle proposé est sublime ; les mando s’avancent en ligne et nous invitent à les suivre, le tout rythmé par les musiciens. Je me tourne vers la direction prise par le défilé et j’aperçois en fond la Sômon qui marque l’entrée du temple.

L’artère principale qui débouche sur la Sômon

Nous suivons sur une centaine de mètres un groupe de percussionnistes vêtus de kimonos blancs, leur musique nous entraîne avec eux vers l’immense escalier de pierre qui nous permet d’accéder au temple. Un des musiciens vient même nous proposer d’essayer son instrument, et Coline se risquera à quelques notes sur une sorte de petit tambour. Je me rends compte alors que cette ambiance joviale dans laquelle nous évoluons depuis que nous sommes sortis est propre à l’événement. A la différence de la vie quotidienne, qui, sans être morose, reste très codifiée et sobre, on a l’impression qu’à travers le matsuri, les individus ont trouvé un échappatoire, le temps d’une nuit, et se laissent tout simplement aller. Comme si nous venions de traverser une porte dérobée pour entrer dans un monde parallèle à la manière de Chihiro qui franchit le tunnel.

 

Retour au Honmonji

Notre dernière étape nous ramène donc devant le Daidô. Nous gravissons les marches et pénétrons à l’intérieur de l’édifice, où nous pouvons entendre un chant cérémonial accompagné par des percussions qui se répète inlassablement. Dans le faste de l’intérieur du temple, des moines psalmodient des paroles liées au Sutra du Lotus, les fidèles viennent déposer des offrandes et prononcer leurs prières au pied de la statue représentant Nichiren. Tout dans ce lieu n’est que dorures, lumière, et ornement. Le spectacle me captive. L’intensité qui est générée par la puissance des chants couplés à la violence des percussions, me glace et me fascine à la fois. Je me sens comme prisonnier de cette scène, forcé d’observer ces hommes insuffler toutes leurs convictions et leurs volontés dans leurs gestes et leurs paroles. Chaque coup portés sur l‘ô-daiko (grand tambour japonais), disposé au centre de la salle, m’attire, et mon rythme cardiaque fini par se calquer sur celui-ci. Je pense que nous resterons quinze minutes à observer cette scène, mais ma notion du temps depuis le début de cette nuit est quelque peu altérée.

L’arrivée des groupes aux portes du Daidô

Nous ressortons de l’autre côté de la bâtisse, pour nous retrouver là où nous étions il y a quelques heures. La foule est toujours aussi dense. Nous empruntons un petit escalier en direction de la partie sud du temple, pour revenir au point de départ de notre aventure. Quelques derniers clichés entre les pierres et les boiseries, accompagnés par la découverte d’un très joli bâtiment, le Tahôto (多宝塔), ponctueront la fin de notre aventure. Le temps d’acheter une dernière petite douceur dans un stand de pâtisseries japonaises que nous avions repéré plus tôt, puis nous nous dirigeons tous les deux vers la sortie des lieux. Les lanternes, qui nous avaient accueillies auparavant, nous guident à présent sur le chemin du retour. Nous franchissons celles-ci encore charmés et envoûtés par cette nuit.

Un peu plus loin nous passons sous le pont qui nous ramène sur notre rue et notre quotidien. Je me réveille un peu hagard, que s’est-il passé ? Avons-nous vraiment vécu ce moment, ou l’avons-nous rêvé ? Nous franchissons le seuil de notre porte.

Il est 23h.

 

[A lire aussi sur ce sujet : Oeshiki – épilogue : matsuri et évasion dans les œuvres culturelles ]

 

 

En bref :

 

L’évènement : Oeshiki (kanji : お会式)

Le lieu : Temple Honmonji, Ôta-ku, Tokyo

Quand : les 11, 12 et 13 octobre de chaque année

Site de la ville : http://www.gotokyo.org

Durée de notre visite : 3 heures

Transports : Prendre la Asakusa line et descendre à Nishi-magome ; le temple se trouve à 10~15 minutes à pieds au sud-est de la station.

Manger : Comme dans tout matsuri, vous trouverez de nombreux stands de nourritures, de quoi satisfaire vos papilles et votre estomac : okonomiyaki, takoyaki, karaage, sèche (ikayaki) etc… .

Coup de cœur : La grande parade du 12 octobre au soir.

 

Galerie :

Notes   [ + ]

1. Un tsubo, correspond à un tatami soit environ 3,3m².
2. Doctrine que prône Nichiren.
3. Ici, des petits cadeaux.

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