Le pont arc-en-ciel vers l’île forteresse : Odaiba- Lecture : 11 min

Tokyo intra-muros est composé de 23 arrondissements. Chacun d’entre eux dispose des ses particularités et de son histoire. Nous vous ferons découvrir, tout au long de nos péripéties tokyoïtes, chacun de ces endroits, avec nos articles, nos photos et nos vidéos !

Aujourd’hui nous vous emmenons au croisement de Minato-ku et Kôtô-ku, les arrondissements de Tokyo dans lesquels on retrouve le quartier d’Odaiba !

 

Il est 16h30 à Tokyo, nous venons de terminer notre visite d’Asakusa et, après nous être rendu au pied de la Skytree pour jeter un petit coup d’œil à la plus haute tour du Japon, nous entamons notre trajet vers notre prochaine destination de la journée.

Depuis Shimbashi nous montons dans la Yurikamome line., une ligne un peu spéciale, puisqu’elle a la particularité de se trouver en extérieur et, surtout, bien au-dessus du sol. C’est sur un monorail naviguant entre les immenses immeubles tokyoïtes à environ 10 mètres de hauteur que nous prenons la direction d’Odaiba ! Le soleil se couche déjà sur la capitale et, alors qu’il bascule petit à petit à l’horizon, on peut apercevoir, entre tous ces gratte-ciels de verre, son éclat orange qui enrobe de manière élégante les contours de la ville (la magie des paysages urbains). Rien que le trajet vaut la peine d’être vu, tant le spectacle proposé depuis notre poste d’observation est magnifique ; sur notre droite se dégage entre deux immeubles la tour de Tokyo, tandis qu’à l’opposé la Skytree se laisse deviner au loin – nous hésitons même à faire un tour de train complet de la ligne, puisque le coût du billet reste le même ! A peine sortis des tours luisantes et ensoleillées, c’est la baie de Tokyo qui s’offre à notre regard.

Vue depuis le monorail de la Yurikamome line

 

Une petite présentation

Odaiba se situe dans un ensemble d’îles artificielles constituées de petits îlots pré-existants, élargis et réorganisés à l’aide de terres-pleins en déchets recyclés (comme d’autres endroits présents dans la baie) (Le saviez-vous ? La construction de terres-pleins à Tokyo remonterait à la fin du XVIème siècle!). Si l’île principale s’est fortement développée depuis l’exposition universelle de 1985 (qui eut lieu à Tsukuba) et propose toute une série de grands centres commerciaux ainsi que d’autres agréments pour les loisirs (spa, plage, parc d’attraction, parc, etc.), cela n’a pas toujours été son rôle par le passé.

Daiba en japonais signifie, « forteresse » et faisait référence aux six îles proches du port de Tokyo (alors appelée Edo), qui étaient équipées de canons. En 1853 le shogun Tokugawa Ieyoshi demande, en effet, la construction de défenses sur la baie, après la première visite de la flotte du Commodore Perry, qui a fait forte impression en termes de puissance militaire, en 1852. Il espère ainsi s’assurer un minimum de répartie en cas d’un retour des américains (« La suite lui prouva que non… ♪♫ »).

Entre 1940 et 1980, l’état japonais entame de nouveaux travaux pour relier les îles entre elles, afin d’étendre le territoire exploitable, mais ce n’est qu’en 1990 que le gouverneur de Tokyo, Suzuki Shunichi, va lancer le projet de Tokyo Teleport Town sur Odaiba. Son objectif était de présenter une vitrine de la puissance technologique japonaise, en créant sur cette île artificielle un lieu de vie ultra-futuriste pour les tokyoïtes. Il fut néanmoins avorté avant sa fin, le budget initial s’étant avéré un poil en dessous des dépenses réelles nécessaires. C’est vers la fin des années 1990 que des sociétés japonaises (la plus connue est le groupe Fuji-TV) vont redonner vie à l’île, en venant installer leur siège social au cœur de celle-ci.

 

De Deckss à Diver City

 

En voiture, direction le Pont Arc-en-ciel!

Ce petit topo historique terminé, reprenons notre train là où nous l’avons laissé. Nous longeons donc la baie de Tokyo avec l’île principale d’Odaiba à l’horizon. Nous nous rapprochons petit à petit du Rainbow Bridge (le pont arc-en-ciel), une immense structure qui relie la ville à l’île, et qui ne laisse pas indifférent, qu’on le voie depuis Tokyo comme depuis l’île. Quelques mètres après avoir passé le pont, notre train s’arrête à la gare Odaiba-Kaihinkôen (お台場海浜公園). Nous descendons de la rame alors que le soleil fini par disparaître totalement derrière les immeubles et laisse derrière lui sa trace orangée dans le ciel.

Le Rainbow Bridge et Tokyo depuis les terrasses du centre commercial

Quelques pas nous séparent du Joypolis et de Deckss (immense centre commercial et centre de loisirs), notre première halte. Alors que la nuit se lève, nous profitons des dernières lueurs pour contempler, depuis la terrasse du centre, Tokyo qui bascule peu à peu vers sa deuxième vie. Les lumières des bureaux en fond s’allument, le Rainbow Bridge se pare de ses plus belles couleurs, et nous prenons le temps de faire quelques photos de ce panorama, peu commun pour nous, tandis que les familles ou couples japonais profitent des dernières lueurs sur la plage en contrebas. Une fois rassasiés par ce spectacle, nous nous dirigeons vers le bâtiment. Sur six étages s’étalent toute une série de commerces reluisants et flambants neufs, des restaurants à n’en plus finir, et surtout des parties entières consacrées à des espaces de loisirs et de divertissements ; le tout présenté dans des couloirs décorés sur le thème « Pirates ». Une fois plongés dans ce bain, une sorte de sentiment irrésistible nous pousse à tout regarder, tout essayer. Et, alors que tout au fond de notre inconscient une petite voix résonne et nous susurre : « ne gaspille pas ton argent », c’est plus fort que nous, on se laisse aller… . Nous tombons par hasard sur un stand de bonbons riches en couleurs, avec des formes plus ou moins originales. Je me dis : « Ça alors, des sucreries ! Chic ! ».

Ciel, des friandises !

Les bonbons sont une denrée assez rare sur l’archipel ; si vous êtes amateurs ou amatrices de sucreries à la française, je vous conseille de faire une croix sur vos friandises pendant votre séjour au Japon, ou de prévoir un stock conséquent pour tenir jusqu’au retour.

Bilan : après avoir essayé deux ou trois catégories de petits fruits colorés, le constat est amer et sans appel. Tout se ressemble, les différentes formes ou couleurs ne sont pas là pour préciser un goût ou un arôme particulier, mais plus pour aguicher et satisfaire le regard. En gros, que ce soit jaune, bleu ou rose, on suce des morceaux de sucre de colories, de tailles, et  de formes différentes (pour vous faire une idée, rappelez vous ces colliers de perles roses et bleus que vous croquiez étant enfant). On est bien loin des confiseries françaises… . Mes papilles ressortiront donc un poil frustrées de cette expérience (d’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je me souviens que le restant du paquet traine encore quelque part dans la maison), mais la découverte du magasin et l’ambiance qui en ressortait valaient le détour. Nous finirons notre visite par le Joypolis, un parc à thème de Sega (célèbre marque de jeux vidéo japonaise), où vous pouvez venir vous amuser en famille ou entre amis (j’ai pu y faire un tour lors de mon premier voyage et les attractions proposées valent les 40 euros de droits d’entrée).

 

Balade nocturne à Odaiba

Nous continuons notre route vers le centre de l’île. En passant au-dessus des autoroutes par un pont piéton à l’architecture originale, nous observons l’immeuble du groupe Fuji-TV, si singulier avec sa boule située entre deux tours. Nous nous apprêtons à voir apparaître la grande roue d’Odaiba qui, qui… qui est éteinte (fichtre). Lors de notre dernière visite, cette grande dame tournait pourtant bien et s’éclairait aux couleurs de l’arc-en-ciel, ce qui donnait un très joli rendu sur la façade des immeubles en verre des alentours.

Photo prise lors de notre précédente visite en 2013 (avec la Grande Roue)

Mais ce soir rien, nada, pas un copeck ! Tout est noir sur la place centrale, et on distingue à peine des petits chapiteaux disposés un peu partout sur le bitume et sur la pelouse. Ah tiens ! Ce n’était pas là non plus la fois précédente. Mon esprit, plus Watson que Holmes, se met alors à penser qu’un évènement particulier a dû, ou va bientôt, se tenir sur les lieux et a donc, de manière fortuite certes mais regrettable, changé la teneur des lieux.

Nous apprendrons le lendemain qu’une course automobile se tenait sur l’île et qu’un circuit urbain avait été créé pour l’occasion (une sorte de petit Monaco).

Gundam modèle MG-RX-0 UNICORN

Bon, la petite déception dissipée (on ne va pas en faire un fromage hein), nous reprenons notre marche en direction d’une nouvelle attraction, installée depuis quelques jours à peine. En effet, c’est devant un autre grand centre commercial (ça alors…) que trône le dernier modèle de Gundam.

 

Le dernier gnumdan quoi ? Le dernier Gundam ! Ou Mobile Suit Gundam, qui est une franchise d’animation japonaise datant des années 1979. Elle met en scène de gigantesques robots de combat pilotés par des êtres humains, pouvant combattre sur terre ou dans l’espace. En gros, une vision ultra-futuriste (note de Coline : pour l’époque) des armes de guerre.  Je me suis dit que les Power Rangers auraient pu partir se recoucher si j’avais découvert cet anime durant les années 1990, tant le détail et le réalisme de ces machines laissent à croire qu’elles pourraient exister en vrai.

 

Nous avions pu observer il y a 4 ans l’ancien modèle qui était posté au même endroit depuis 2012. Mais, il y a de cela quelques jours, le RX-78-2 a été remplacé par son petit frère le MG-RX-0 UNICORN (ça vous en bouche un coin, hein ?). Bref, il est plus grand, plus gros, plus beau et surtout, surtout, beaucoup plus moderne. Pour faire simple, ils se sont rendus compte qu’il manquait le park-assist sur le dernier modèle et qu’il était bon de rafraîchir la franchise (en plus de faire un petit coup de communication au passage). Je m’égare en plaisanteries, pardon… . Mais n’allez pas croire que je dénigre cette œuvre, bien au contraire. Rien que pour le coup d’œil, cet objet d’un autre temps vaut la visite de l’île (même si on ne connait rien à la série). Après tout, vous n’aurez pas tous les jours l’occasion de vous retrouver face à un robot venu du futur.

Derrière la statue du Gundam se trouve donc Diver City, un énième centre commercial d’Odaiba qui est, comparé à Deckss et à la Joypolis, beaucoup moins ludique. Vous ne trouverez ici que les derniers magasins de vêtements branchés ; à moins de souhaiter faire du shopping, ne vous attardez pas à monter dans les étages. Nous sommes pour notre part restés au rez-de-chaussée (que l’on appelle le premier étage au Japon ; ils sont fous ces gaulois !), pour profiter de ce que nous nommerons  la « place aux restaus ».

Le concept est très fréquent au Japon et vaut d’ailleurs le coup d’être expliqué. Dans tout centre commercial japonais qui se respecte, une partie entière de l’établissement est consacrée aux victuailles. Plusieurs types d’organisation sont possibles. Ici, des tables sont positionnées dans un grand espace central, et tout autour de celui-ci sont disposées toute une série d’échoppes (ce sont plus des comptoirs pour commander, que des restaurants ; d’où l’utilisation de ce terme particulier) vers lesquelles vous venez prendre votre plateau repas, pour ensuite partir vous installer au centre de la place. Ainsi, chacun peut choisir le menu d’un restaurant différent tout en mangeant à la même table.

Nous avons commandé une portion de tsukemen, un plat composé d’un bol de nouilles préalablement cuites puis passées sous l’eau froide, et accompagnées d’un autre bol de bouillon. La différence avec le ramen classique vient du goût très prononcé du bouillon, qui oblige par conséquent à servir les deux parties du repas de manière séparées, pour profiter pleinement des saveurs de l’un et de l’autre. Ceci permet également de préserver la texture des nouilles, et de rendre le plat appréciable même en été, par grande chaleur. Nous voilà rassasiés, et bien fatigués après cette journée rythmée. C’est le moment parfait pour un retour dans notre foyer. Nous réutiliserons la même ligne pour revenir dans Tokyo, ce qui nous permettra de profiter à nouveau du monorail, et de constater que cette ville possède réellement deux visages selon le jour ou la nuit – ce qui nous promet encore de belles découvertes au cours de nos prochaines escapades.

En espérant une nouvelle fois avoir pu rendre compte fidèlement de nos impressions, je vous laisse, mesdames et messieurs, retourner à vos occupations, et vous donne rendez-vous dans notre prochain article.

 

Galerie :

En bref :

 

Le quartier : Odaiba (kanji : お台場)

Site de la ville : http://www.gotokyo.org

Durée de notre visite : 4 heures

Transports (Depuis Shimbashi) : Yurikamome line, 10 minutes, 320 yens/personne.

Manger : La majorité des restaurants se trouvent dans les centres commerciaux. Nous vous conseillons les établissements de Deckss, qui en plus de proposer un large choix de menus offrent des terrasses avec vue sur Tokyo et le Rainbow Bridge.

Coup de cœur : Le point de vue sur Tokyo depuis les terrasses de Deckss ou la plage ; que ce soit en plein jour ou de nuit le spectacle est toujours impressionnant. Coup de cœur également pour la Yurikamome line au coucher du soleil.

 

About The Author


Sylvain

Diplômé d'un master LCE Japonais. Après un premier voyage en 2010 et une année d'échange à Nagoya (NUFS Nagoya University of Foreign Studies), je profite actuellement des études de ma compagne, pour venir parfaire mes connaissances de la langue et de la culture japonaise.

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