Asakusa – épilogue : Asakusa dans les œuvres culturelles- Lecture : 4 min

Cet article vient en complément du récit de notre sortie à Asakusa. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille donc de le faire d’abord! Grande amoureuse du film Miss Hokusai et de l’histoire de Tokyo depuis l’époque Edo, je souhaitais développer quelques réflexions sur la présence d’Asakusa dans la production culturelle japonaise.

 

En discutant de mes impressions avec Sylvain quant à cette visite, je réalise la différence de perception entre cette visite et la précédente fois où nous étions venus. Le quartier est le même, mais je le vis d’une manière très différente – ni plus, ni moins agréable. Lors de ma première visite, je connaissais tout juste le nom d’Asakusa. Je n’en attendais rien, et ce que j’avais trouvé était une pure merveille ; un lieu élégant, lumineux, amusant, avec plein de choses à voir, à goûter, à découvrir. J’y étais venue après une année entière passée au Japon, à visiter de nombreux lieux de cultes, et celui-ci m’était apparu comme absolument unique, et tout à fait formidable.
Entre temps, j’ai passé quatre années en France, pendant lesquelles j’ai, entre autres activités, rédigé un mémoire sur l’art japonais, lu quelques romans, vu et aimé de plus en plus de films d’animation, et donné un cours de civilisation japonaise à l’université. Au cours de toutes ces activités, j’ai retrouvé de temps en temps le paysage d’Asakusa. Dans les estampes ukiyo-e d’abord – « Regarde, Sylvain ! C’est là où nous étions ! Dire que cet artiste avait fréquenté le même lieu il y a plus de 120 ans ! » –, puis dans mon imaginaire, lorsque je lisais des récits de l’époque Edo. Un beau jour d’été, il y a un peu plus d’un an, j’ai regardé un film d’animation que j’ai adoré au point qu’il vienne s’ancrer quelque part au fond de moi : Sarusuberi MISS HOKUSAI (百日紅〜Miss HOKUSAI〜) (un film assez décrié si l’on en croit internet, mais qui pour moi est un bijou tant du point de vue du dessin que de la qualité d’animation, de la musique, de la thématique et du scénario). Dans ce film, qui narre un passage de la vie d’Ôei, peintre, fille du célèbre artiste Katsushika Hokusai, et qui se déroule dans les rue d’Edo, on retrouve la Nakamise-dôri et le Sensô-ji durant quelques instants. Quelle émotion, dans un « film d’époque », de reconnaître un paysage dans lequel on s’est promené !

Asakusa dans le film “Miss Hokusai”

Certains déprécieront peut-être l’aspect très touristique de ce quartier de Tokyo, la difficulté à circuler dans ses rues surtout en été, l’omniprésence des voyageurs étrangers. Mais pour moi, retrouver un quartier entier, à l’emplacement où il était, et où l’on pratique exactement les mêmes activités qu’il y a plus d’un siècle, c’est un trésor inestimable. Certes, les touristes sont nombreux, mais les artistes de l’époque Edo ne représentaient-ils pas, eux aussi, des rues noires de monde ? Et puis, dans ce quartier qui depuis l’ère Edo, a toujours été représentatif des grandes caractéristiques de chaque époque, être, au XXIème siècle, attractif et cosmopolite n’est-il pas dans la suite logique de son histoire ? C’est aussi sa place de centre de la vie culturelle et des loisirs qui lui permet d’être si souvent représenté dans les œuvres.
En tant que quartier central de la ville basse d’Edo, Asakusa, même quand il n’est pas mentionné, gravite dans mon imaginaire lorsque je lis une histoire de cette époque. D’autant plus que le Sensô-ji est situé à mi-chemin entre deux autres lieux omniprésents dans les représentations et descriptions d’Edo : le pont Ryôgoku, que l’on peut voir dans de nombreuses estampes, était situé à une vingtaine de minutes à pieds au Sud (au niveau de l’actuel Asakusabashi) et Yoshiwara, le « quartier de plaisir », était situé au Nord (actuel Senzoku 4-chôme). Ainsi, à la lecture d’ouvrages comme le manga Furari1Taniguchi Jirô, Furari, Paris, Casterman, 212p., dont le protagoniste parcours les rues d’Edo, ou le roman Au col du Mont Shiokari2Miura Ayako, Au col du Mont Shiokari, Arles, P. Picquier, 2007, 318p., dont l’histoire se situe à l’ère Meiji et où le quartier de Yoshiwara est explicitement cité, on imagine facilement les personnages passer, au cours de leur quotidien, dans ces rues animées que l’on a visité – dans leur version ancienne, bien entendu.

La cour du Sensô-ji et ses nombreuses histoires

La Nakamise-dôri, et plus généralement le quartier d’Asakusa, sont donc pour moi un petit trésor, un petit voyage dans le temps, un grand témoin de l’histoire de cette ville et un haricot magique à développer l’imaginaire. C’est un endroit à visiter, à lire, à apprendre, et à revisiter si on le peut, en n’en gardant pas que l’aspect « traditionnel » et « exotique » mais en tentant d’appréhender la somme et la variété de petites histoires et de vies qu’il a pu voir passer à travers les époques.

 

Notes   [ + ]

1. Taniguchi Jirô, Furari, Paris, Casterman, 212p.
2. Miura Ayako, Au col du Mont Shiokari, Arles, P. Picquier, 2007, 318p.

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Coline

Doctorante en études japonaises, je suis actuellement en échange à l'université de Ritsumeikan. J'aime apprendre et échanger sur toutes sortes de sujets relatifs à la culture et aux sciences humaines : art, histoire, cinéma, sujets de société, etc. Je profite de mon séjour au Japon pour approfondir ma connaissance du pays, et souhaite partager ici mon expérience, mes découvertes et mes réflexions.

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