Histoire et culture au gré des rues d’Asakusa✿ Lecture : 17 min

Tokyo intra-muros est composé de 23 arrondissements. Chacun d’entre eux dispose des ses particularités et de son histoire. Nous vous ferons découvrir, tout au long de nos péripéties tokyoïtes, chacun de ces endroits, avec nos articles, nos photos et nos vidéos !

Aujourd’hui nous vous amenons à la découverte de Taitô-ku, l’arrondissement de Tokyo dans lequel on retrouve le quartier d’Asakusa ainsi que le parc Ueno !

 

Vendredi 29 septembre, nous avons profité d’une belle météo et d’un jour de congé pour sortir explorer un peu les rues de notre nouvelle ville de résidence.  Direction : Asakusa ; un quartier très populaire auprès des touristes étrangers comme japonais. Il est composé de plusieurs rues commerçantes, d’un temple bouddhique, le Sensô-ji (浅草寺), de myriades de restaurants et petites boutiques culinaires, et donne sur la Sumidagawa (célèbre fleuve de Tokyo).

C’est dans ce même quartier que nous avions choisi, lors de notre premier séjour au Japon, une chambre d’hôtel – qui n’avait d’ailleurs de « chambre d’hôtel » que le nom, puisqu’il s’agissait d’une minuscule pièce, tout juste la surface d’un lit deux places, totalement en béton, sans fenêtre, et avec pour seul aménagement un matelas au sol ; pour autant, celui-ci était suffisamment confortable, et nous avions apprécié notre court séjour. Nous avions alors trouvé le quartier très agréable, animé sans être trop étourdissant, proche de plusieurs « hauts lieux » de Tokyo, et sympathique le soir, lorsque nous allions nous promener sur les bords de la Sumidagawa en contemplant la Tokyo Skytree. Il nous tardait donc de retrouver ces rues et d’en redécouvrir l’atmosphère.

Depuis notre arrivée au début du mois, nous sommes déjà passés quelques fois dans des lieux que nous avions visités il y a cinq ans – notamment dans le parc d’Ueno – et avons pu goûter à la sensation toute particulière que cela procure, de parcourir ces rues une nouvelle fois, plus vraiment comme touristes,  mais comme résidents. Comme souvent lorsque l’on revient dans un endroit après plusieurs années, on retrouve certaines images qui étaient restées gravées à l’identique dans nos souvenirs, tout en s’étonnant de cette vague sensation de différence – c’était aussi grand ? il y avait un tel bâtiment ? – en se demandant si notre mémoire nous fait défaut, ou si la ville a tant évolué. Mais dans notre cas précis, on adopte également un tout nouveau regard ; cette fois, on a le temps, on pourra toujours revenir, cette fois, on a de nouvelles connaissances sur le pays et l’histoire de la ville, cette fois, on désire prendre le temps d’appréhender le quartier, d’en connaitre les recoins et les restaurants sympas.

Cet ensemble de sensations ne manque pas au rendez-vous lorsque, ce vendredi 29, en sortant du métro à la gare d’Asakusa, se déploie  devant nous la large vue sur la plus haute tour de Tokyo, et sa fameuse rivière. Alors que pour la première fois depuis notre retour, la Skytree s’offre dans son entièreté à notre regard, je la reconnais, tout en ayant l’impression de la découvrir. C’était donc ça, la grande Reine de Tokyo ? Tout en discutant de nos impressions respectives – j’imaginais la tour plus élancée, tandis que Sylvain a même connu le quartier alors que celle-ci était en construction en 2010 – nous commençons à parcourir les alentours au petit bonheur la chance. Étant un jour de semaine hors de la saison estivale, nous pensions trouver le coin un peu plus désert que lors de nos dernières visites, mais la foule est finalement assez importante, et l’ambiance fidèle à nos souvenirs.

La Skytree derrière les immeubles Asahi

 

Dans les rues marchandes d’Asakusa

 

Lorsque nous commençons notre promenade, il est déjà midi, et, tandis que nous jetons un œil par-ci par-là aux restaurants, mon regard s’arrête sur un shôtengai1Shôtengai (商店街) désigne une rue marchande, le plus souvent couverte de manière à abriter de la pluie. au nom particulièrement attirant : Sushiya-dôri (寿司屋通り) – la « rue des restaurants de sushis » ! Aurait-on pu faire plus à-propos ? Aussitôt vu, aussitôt décidé, nous traversons la route pour nous enfoncer dans la ruelle marchande. Au premier abord, elle tient ses promesses : à droite comme à gauche, deux enseignes de sushis attirent nos yeux (et nos estomacs) avec leurs faux-plats en plastique.

[A propos des « faux plats en plastique » : figurez-vous qu’ici, beaucoup de restaurants possèdent des maquettes en plastique, très réalistes, des plats qu’ils servent. Elles sont disposées dans leur vitrine ou devant la boutique, et généralement accompagnées des prix (trop souvent écrits tout en kanji – bon courage à tous, et choisissez bien entre un plat à 五〇〇円 ou un à 二三〇〇円 car votre portefeuille va voir la différence !). Hormis les prix difficiles à déchiffrer, le principe est tout de même assez appréciable, puisqu’on se fait facilement à l’avance une idée de la taille du plat, et des ingrédients – ça peut aider à choisir !]

De beaux plats en plastiques, mais un peu chers pour notre budget du jour ; nous passons notre chemin et continuons notre parcours. Après les deux premiers sushi-ya, l’offre se diversifie : des classiques comme les râmen, les soba ou les yakitori, mais surtout beaucoup de produits de la mer, du poisson (cuit), des tempura, des takoyaki, du crabe… . Il y a également des magasins de vêtements, de tous styles – vêtements de tous les jours, T-shirt « souvenirs » du Japon, chapeaux et bérets… jusqu’aux kimonos traditionnels. Le shôtengai amène vers d’autres, plus petits, et de fil en aiguille, nous finissons par en faire le tour – en achetant au passage une casquette pour ma tête – sans parvenir à décider de là où nous mangerons. C’est-à-dire que, à bien y réfléchir, le problème est le suivant : la « Sushiya-dôri » nous a donné envie de poisson cru. Or, au Japon comme ailleurs, le poisson cru est cher ; et un restaurant cher n’est pas à l’ordre du jour. Nous avons l’habitude de sustenter ces envies-là dans des kaiten-zushi (回転寿司, litt : « sushis roulants ») à prix fixes (en général, deux sushis pour 108 à 130¥) – n’en déplaise aux puristes qui nous dirons que c’est du poisson congelé et que ça ne vaut pas d’être appelé « sushi ». Mais il n’y a aucune enseigne de ce type en vue. A défaut, nous nous dirigeons vers ce que nous avons trouvé de plus ressemblant : une chaîne appelée « Isomaru Suisan » (磯丸水産), qui sert des produits de la mer et notamment du maguro-don (まぐろ丼, un plat qui consiste en des tranches de thon cru disposées sur un bol de riz) pour des prix très raisonnables (de l’ordre de 600¥). Nous ne connaissions pas ce plat, et cela nous apparait donc comme une option intéressante.

La décoration intérieure du restaurant vaut le coup d’œil ; tout l’espace visuel, du sol au plafond, est occupé par des posters, des plaques de bois mentionnant le nom des plats servis, des lanternes et autres bouées de secours, pour donner à la pièce une ambiance à la fois ancienne (voire « vintage à la japonaise ») et populaire. Je commande un maguro-don simple, et Sylvain un maguro-don « de deux couleurs » (je suppose qu’il s’agît de deux sortes de thon). Les plats qui nous sont servis sont fidèles aux photos du menu, et de taille correcte. En termes de qualités, les tranches de poisson nous semblent bonnes mais trop fines à notre goût. La découverte de ce plat nouveau est aussi l’occasion de constater, pour la première fois, l’importance du wasabi dans la dégustation du poisson cru : la différence de saveur entre ma première bouchée, sans wasabi, et la seconde où j’en avais ajouté un peu est phénoménale. La petite pâte verte permet en fait de développer l’arôme du poisson – et on comprend tout de suite pourquoi il y en a presque systématiquement dans les sushis bon marché. D’une manière générale, le repas est plutôt bon, bien que loin de rentrer dans notre palmarès de plats préférés.

 

 De la Nakamise-dôri au Sensô-ji

 

Rassasiés, nous repartons donc en direction des rues les plus visitées de l’arrondissement. Le quartier historique – qui est également le quartier le plus touristique de la zone – n’est pas difficile à repérer : plus on en approche, et plus la foule s’intensifie. Aux coins des rues périphériques, de jeunes japonais en jika-tabi (地下足袋 ) – des chaussures à mi-chemin entre la chaussette et la botte – nous interpellent pour nous proposer de visiter les alentours en jinrikisha (人力車 ; litt : « voiture à force humaine »  – comprenez donc « pousse-pousse »). Le moyen de transport, inventé à l’époque Meiji (1858 – 1912), et les tenues des porteurs sont pensés pour inviter le visiteur à se figurer l’ambiance de ces rues telles qu’elles étaient il y a plus d’un siècle – ce qui constitue l’un des attraits principaux de ces lieux, dont la structure globale est préservée depuis l’époque Edo (1603 – 1858).

C’est kitch certes, mais on a bien aimé !

 

Petite histoire du Sensô-ji et de ses alentours

Le quartier historique d’Asakusa est basé autour du monastère bouddhique Sensô-ji (浅草寺2Les caractères sont les mêmes que ceux de « Asakusa » mais dans leur prononciation d’origine chinoise, suivis du caractère signifiant « temple », « monastère ».) dont l’histoire dit qu’il fût instauré en l’an 628 par deux frères pêcheurs qui, ayant trouvé dans leur filet une statue de Bouddha, seraient entrés en religion. Si l’histoire du Sensô-ji semble donc particulièrement ancienne, c’est à partir de l’époque Edo que le quartier s’est développé pour prendre peu à peu sa forme actuelle.
Comme beaucoup d’entre vous le savent peut-être, l’époque Edo (1603 – 1858), parfois appelée époque « pré-moderne » 3Voir par exemple l’ouvrage de Pierre-François Souyri, Nouvelle histoire du Japon, Paris, Perrin, 2010, 622p., se caractérise par l’important développement de l’économie intérieure et l’émergence des premières grandes villes. Le Japon, qui, en pleine politique isolationniste, restreint alors ses contacts avec l’étranger à la seule ville de Nagasaki, connaît une période de paix et de prospérité (malgré plusieurs importantes famines), propice au développement d’une culture commerçante et consumériste. La ville d’Edo (ancien nom de Tokyo), en tant que capitale shogunale, devient le lieu de résidence des seigneurs (qui sont dans l’obligation d’y résider une année sur deux) et de leurs familles ; et la richesse apportée par cette classe de samouraïs, souvent en quête de divertissements, favorise le développement de la « ville-basse » (下町) où est installée la classe marchande (町人), au Nord-Est du château d’Edo… près du quartier d’Asakusa !
L’un des éléments clés du développement d’Asakusa réside dans sa proximité avec le quartier de Kuramae, où était alors stocké le riz, à la fois ressource alimentaire et monnaie pour le salaire des guerriers – une grande source de richesse qui permit aux commerçants locaux, chargés du stockage et de la distribution des salaires, de faire fortune en s’improvisant agents de change pour les samouraïs (ils leur échangeaient leur riz contre des espèces), et en revendant le riz au détail. A la manière des vases communicants, cet afflux de richesse va petit à petit toucher les zones limitrophes, pour profiter à Asakusa qui deviendra ainsi le quartier de divertissements de la capitale. Il a gardé ce statut jusque dans les années 1960, période de construction de nouveaux centres, tels que Shinjuku et Shibuya.

La Nakamise-dôri en 1898 (http://showcase.meijitaisho.net)

De nos jours, la partie préservée se trouve dans l’enceinte du Sensô-ji, sur l’axe menant de la grande porte sud Kaminari-mon (雷門) jusqu’au bâtiment principal du monastère, et s’appelle la « Nakamise-dôri » (仲見世通り ; « nakamise » désignant les rues marchandes dans l’enceinte de monastères). Cette rue d’environ 250 mètres de long, qui abrite 90 boutiques, est l’une des plus anciennes galeries marchandes du Japon ; les premiers commerçants s’y étant installés entre 1688 et 17354Source : http://asakusa-nakamise.jp/about/index.html , site visité le 08/10/2017.. Dès les premières années, on y vend principalement des omiyage (お土産5Litt : « produits de la terre », des souvenirs spécifiques à la région, qui peuvent être de la nourriture comme des objets artisanaux.), de la nourriture et des friandises, ou encore des jouets – comme c’est encore le cas de nos jours. L’ambiance et la structure des lieux sont ainsi reconnaissables dans plusieurs estampes ukiyo-e de l’époque Edo (ici ou ici). Toutefois, si l’agencement de la rue est resté le même, les boutiques elles-mêmes ont été plusieurs fois détruites et reconstruites ; témoignant ainsi des évolutions du quartier. Une première grande rénovation eut lieu en 1885 où, après avoir vidé la rue durant 6 mois, le gouvernement fit construire des échoppes en brique rouge, selon la mode architecturale de l’ère Meiji – inspirée des constructions européennes. Cet autre visage (visible en photo ici ou encore ici) de la Nakamise-dôri rends compte non seulement de l’atmosphère de l’époque, mais également de la place de grand centre culturel qu’occupait alors Asakusa – qui abritait d’ailleurs non-loin le premier « gratte-ciel » du Japon, le Ryôungaku (凌雲閣 ; aussi appelée Asakusa-jûnikai ), plus grande attraction de la ville jusqu’à sa destruction par le grand séisme de 1923 (en photo ici). Les bâtiments actuels datent, quant à eux, de 1925 (après le fameux séisme) pour les murs, et de l’après-guerre pour les intérieurs (qui brûlèrent sous les bombardements).

 

La visite des lieux

La Nakamise-dôri aujourd’hui !

Nous nous trouvons donc maintenant devant la Kaminari-mon (雷門, litt : « porte de la foudre) ; la grande porte sud qui marque l’entrée de la Nakamise-dôri et le seuil de l’enceinte du monastère. Enfin, nous pensons être devant, mais le doute s’empare de nous l’espace d’une demi-seconde, alors que nous faisons face à ce qui ressemble plus à un grand U (inversé) en plastique qu’à un bâtiment bouddhique. Mais la gigantesque lanterne (3,9 mètres de haut, 3,3 de large et un poids de 700kg !) en son centre, avec son inscription « 雷門 » est bien présente, et les touristes qui font des selfies devant également. Nous sommes bien devant la porte, et celle-ci est en travaux. Pour nous, la déception est toute relative, car nous l’avons déjà vu et aurons l’occasion de revenir. Nous passons donc notre chemin, sans avoir pu revoir les quatre statues disposées de chaque côté de la lanterne, qui sont à l’origine du nom de la porte – son nom originel étant « fûraijinmon » (風雷神門, litt : « porte des kamis du vent et de la foudre »), d’après les deux statues de la façade sud de la porte représentant chacune l’un de ces kamis (divinités shintô)6Certains d’entre vous seront peut-être surpris d’entendre parler de divinités shintô alors que nous avons indiqué qu’il s’agissait d’un temple bouddhique ; il ne s’agit pas d’une erreur mais d’une particularité du fonctionnement du syncrétisme religieux japonais – sujet auquel nous pensons consacrer un article dans quelques temps.. Les statues de la façade nord sont quant à elles à l’effigie des divinités-dragons Tenryû (sous forme d’homme) et Kinryû (sous forme de femme). Ces quatre personnages sont considérés comme des « Gohô Zenjin » (護法善神), des divinités protectrices.

Passée la lanterne monumentale, nous voici dans la fameuse rue marchande. La bordure des toits des échoppes, collées les unes au autres, crée avec sa vigne verte une haie d’honneur ouvrant la vue sur la seconde porte du monastère, à l’autre bout de l’allée. Nous déambulons tranquillement au milieu d’une la foule dense et très diverse ; autour de nous, c’est un florilège de langages qui se fait entendre alors que les groupes de personnes nous croisent ou nous dépassent. Bien que la saison estivale soit terminée, beaucoup de jeunes filles de toutes nationalités, ainsi que quelques hommes, portent des yukata (kimonos d’été) ; comme si dans ce quartier précis, l’été se prolongeait un peu plus longtemps, et ses festivals avec lui. Les magasins autour de nous sont riches en couleurs et en surprises. A notre droite, une boutique expose ses souvenirs en tissus de kimonos – des ribambelles de lapins, de petits hiboux – par centaines, dans une avalanche de formes et de couleurs. En face, un stand propose des pâtisseries japonaises que l’on peut voir sortir d’un automate, chaudes et emballées, prêtes à être dégustées. Derrière celle-ci, un magasin affiche des masques de théâtre à l’effigie des personnages les plus communs ; démons, renards, femmes… . Nous progressons dans ce méli-mélo d’objets et de souvenirs, plus ou moins authentiques, plus ou moins touristiques, rapportant tous à une idée d’un Japon traditionnel, amusés de cet étalage de couleurs et de l’ambiance bon enfant du lieu. Du petit porte-clefs au kimono, tout y est ; et le déploiement se poursuit dans les rues périphériques. En vous éloignant un peu, vous pourrez d’ailleurs trouver des objets souvent de meilleure qualité, notamment pour les kimonos et yukata, dont on trouve des versions de vraiment mauvais goût (tissus en polyester !) dans l’avenue principale. Les stands culinaires, et notamment les pâtisseries japonaises (dango, daifuku, taiyaki…) sont également nombreux, tout au long de la promenade, à nous mettre l’eau à la bouche (surtout à moi qui raffole de ces friandises !).

A l’approche du bout de la rue et de la seconde porte, nous profitons de l’espace un peu plus élargi pour souffler une minute à l’écart. Ici, des petits groupes de collégiens en uniformes, probablement venus avec leurs enseignants, se pressent vers une boutique de thé vert, tandis que d’autres se prennent en photo devant les monuments. Alors que je me promène sous une structure métallique où sont alignées de petites lanternes, je réalise qu’un homme est perché en haut de celle-ci. Sylvain et moi faisons le tour, intrigués par la scène. Devant nous se trouve un petit groupe de travailleurs en train de mettre en place les lampions. C’est l’occasion pour nous d’assister aux coulisses de ces installations dont, je l’avoue, je ne m’étais jamais demandé comment elles étaient arrivées là. Le processus est pourtant assez impressionnant, puisque tandis que ses collègues lui envoient les lanternes (encore pliées, à l’état de disque), l’homme perché en haut de la structure, sans sécurité, les attrape, les déplie, et les accroche avec un fil de fer, les unes après les autres. Le travail attire peu de regards mais suscite toute notre admiration, et je ne regrette pas d’avoir levé les yeux au-delà des attractions touristiques aujourd’hui. (Vous pouvez retrouver les photos de la scène dans la galerie, au bas de l’article.)

Dire que Sylvain pensait ne pas trouver de chaussures à sa pointure ici !

C’est donc maintenant la seconde porte du monastère, la Hôzômon (宝蔵門) qui s’offre à notre regard. Plus grande encore que la première, elle comporte elle aussi en son centre un chôchin (提灯, une lanterne), et sur ses côtés deux statues de divinités protectrices (仁王, Niô). Mais à l’arrière de la porte, point de troisième et quatrième statues comme dans la Kaminari-mon. Non, ici, ce sont deux gigantesques sandales qui sont exposées. Ces waraji (草鞋, sandales en corde de paille de riz) mesurent 4,5 mètres de long, et représentent les chaussures des divinités (Sylvain vous laisse calculer la taille de ladite divinité).

Passée cette porte, nous sommes enfin dans la cour du Sensô-ji. A notre droite, des collégiens, encore, tirent des omikuji (おみくじ,  divinations écrites sur des bandes de papier). Au centre de la place se trouve un grand brûleur d’encens (appelé 常香炉, jôkôro), autour duquel les visiteurs s’imprègnent de sa fumée – un geste qui s’explique par la propriété purificatrice attribuée à l’encens dans le bouddhisme, dans lequel la pureté et la souillure sont des notions primordiales. Ici, l’ambiance est plus apaisée, respectueuse de la nature religieuse du lieu, malgré une foule toujours importante. En gravissant les marches de l’édifice principal, on arrive devant l’autel, et un intérieur riche en décorations.

Un gentil nyngyô-yaki

Après la visite de l’édifice principal, nous observons un moment les alentours : la pagode à cinq étage, la vue sur la Skytree en arrière-plan de la Hôzômon. Sur le retour, nous nous laissons tenter par des ningyô-yaki (人形焼), une spécialité de Tokyo, particulièrement présente à Asakusa. Ce sont de petits gâteaux à base de farine, d’œuf et de sucre, cuits dans des moules à différentes effigies (ici notamment on en retrouve en forme de lanterne), et fourrés à la pâte de haricots rouges azuki. Nous les choisissons chauds (il faut demander : « 焼きたて » , « yakitate ») et partons les manger un peu plus loin – puisqu’il est interdit de manger dans la Nakamise-dôri – sur le pont le plus proche, en contemplant la vue sur la Tokyo Skytree et le bâtiment Asahi (avec la crotte dorée sur sa tête).

 

[A lire aussi sur ce sujet : Asakusa – épilogue : le quartier historique dans les oeuvres culturelles ]

 

Galerie :

En bref :

 

Le quartier : Asakusa (kanji : 浅草)

Site de la ville : http://www.gotokyo.org

Durée de notre visite : 4 heures

Transports : Prendre la Asakusa line ou la Ginza line (métro) et descendre à Asakusa. Le temps et le tarif varieront selon l’endroit où vous prendrez le métro.

Manger : Comme décrit dans l’article la sushiya-dori (寿司屋通り) propose un grand choix de variété de restaurants. Il vous est aussi possible de prendre l’artère principale du quartier, la kaminarimon-dori (雷門通り) sur laquelle se trouve également toute une palette de tables et de menus.

Coup de cœur : Les œuvres culturelles qui gravitent autour de ce quartier et nous transportent à travers temps et espaces au fur et à mesure de notre visite.

 

Notes   [ + ]

1. Shôtengai (商店街) désigne une rue marchande, le plus souvent couverte de manière à abriter de la pluie.
2. Les caractères sont les mêmes que ceux de « Asakusa » mais dans leur prononciation d’origine chinoise, suivis du caractère signifiant « temple », « monastère ».
3. Voir par exemple l’ouvrage de Pierre-François Souyri, Nouvelle histoire du Japon, Paris, Perrin, 2010, 622p.
4. Source : http://asakusa-nakamise.jp/about/index.html , site visité le 08/10/2017.
5. Litt : « produits de la terre », des souvenirs spécifiques à la région, qui peuvent être de la nourriture comme des objets artisanaux.
6. Certains d’entre vous seront peut-être surpris d’entendre parler de divinités shintô alors que nous avons indiqué qu’il s’agissait d’un temple bouddhique ; il ne s’agit pas d’une erreur mais d’une particularité du fonctionnement du syncrétisme religieux japonais – sujet auquel nous pensons consacrer un article dans quelques temps.

2 Commentaires

  • Laurence Christel 18 janvier 2018 at 14 h 46 min

    Bonjour Coline,
    Quel bonheur de vous lire, je viens de vous découvrir à travers le journal Japon Infos que je reçois.
    Merci.
    Laurence Christel

    Répondre
  • Domy 14 octobre 2017 at 19 h 06 min

    Bonjour Coline
    Très agréable de vous suivre dans vos déambulations à travers ce quartier de Tokyo. Mais c’est que tu nous donnerais presque envie d’y aller…
    Merci. J’adore.
    Bises.

    Répondre

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