Promenade à Yokohama- Lecture : 13 min

Yokohama – 3,7 millions d’habitants ; seconde plus grande ville du Japon. Située au sud de Tokyo, elle n’était, avant le début de l’ère Meiji (1868-1912), qu’un petit port de pêcheurs, à l’écart de la capitale et du shogunat de l’époque Edo. C’est à partir de l’arrivée du Commodore Perry et de la flotte américaine, en 1854, qu’elle s’est considérablement développée, puis a continué de croître tout au long de la période Meiji, pour devenir la plaque tournante du commerce avec l’Occident et, de ce fait, l’une des places les plus importantes du Japon.

La Landmark Tower (299m) sur la gauche et les 3 Queen’s Towers sur la droite

Un article concernant l’époque Meiji paraîtra très bientôt ; je ne détaillerai donc pas ici, les divers aspects historiques de cette période.

L’histoire de la ville depuis 1854 est, comme bien souvent au Japon, une succession de constructions et destructions ; avec notamment le grand tremblement de terre du Kantô qui, le 1er septembre 1923, rasa la majorité de la ville, et les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale (dus au fait que Yokohama était alors un port militaire très important). C’est durant l’occupation américaine, au cours de laquelle une caserne et d’importants complexes militaires ont été installés dans la ville, que Yokohama se développa de manière très importante, pour passer de 4ème ville japonaise (1945) à seconde (dès 1980), devançant ainsi Osaka. La proximité avec Tokyo a fortement joué en faveur de la croissance de cette ville, dont on ne distingue plus de nos jours les limites avec sa voisine. Ainsi, Yokohama est le plus souvent englobée dans les données tokyoïtes lorsque l’on parle de la mégalopole. Nous vous invitons à nous suivre pour une petite balade dans les rues de cette métropole…

 


Visite de Minato Mirai et du centre ville

 


De la gare à la Landmark Tower

Lundi matin, après un week-end frais et pluvieux (un petit typhon est passé par là…), c’est dans une chaleur étouffante que nous nous réveillons. Objectif de la journée : la visite de Yokohama ! Le temps de nous préparer (déjeuner, toilette et tutti quanti), il est déjà 11h. Il ne nous reste plus que la coiffure de Coline, et nous pourrons partir…

11h30 : départ ! 11h35 : la coiffure de Coline est foutue. (Oui, il faut dire qu’avec 32°c dehors, et un taux d’humidité proche des 70%, la frange faite au fer à lisser a dû tenir, montre en main, 4 minutes et 36 secondes)

Il nous est nécessaire de faire une halte à la poste pour aller récupérer un recommandé (la carte bleue japonaise de Coline), qui a été laissé dans notre boîte aux lettres dimanche après-midi. Dimanche après-midi… ?

Coline et moi quand on a trouvé le recommandé

« Vous imaginez, tout de même ? La poste, un dimanche après-midi ! Où va le monde mon bon monsieur. »

Bref, après avoir récupéré ledit document, nous nous rendons à la petite station de train la plus proche, qui nous rappelle avec un poil de nostalgie les gares que nous traversions lorsque nous effectuions le trajet en Nagoya et Osaka, il y a 4 ans de cela. Quelques instants plus tard, nous voici dans le train qui nous amènera, en 30 minutes et après 2 changements, à la gare de Yokohama.

 

Changement radical de décor. Les petites maisons de 2 voire 3 étages et petites échoppes les côtoyant de notre quartier sont remplacées par d’immenses buildings, qui poussent tel des arbres entre les voies rapides posées sur de grands piliers de béton. La gare est gigantesque, et nous mettons un petit moment, perdus dans la foule, à tenter de nous frayer un passage pour s’extirper de l’endroit. Après avoir déambulé pendant quelques mètres dans de luxueuses galeries marchandes souterraines remplies de commerces en tout genre, nous remontons à la surface, au niveau de ce qui semble être l’entrée d’un centre commercial. Le moment idéal pour une petite halte shopping ! Nous sommes en effet à la recherche, depuis ce matin et surtout depuis le retour de la chaleur, d’une ombrelle pour Coline qui risque sans quoi de littéralement fondre sur place. Il ne nous faudra pas longtemps pour trouver notre bonheur ; j’aperçois dans le premier magasin un rayon avec les objets en question. Après être passé devant un trio de bodybuilders japonais tentant de nous vendre des protéines, nous nous arrêtons devant le rayon des ombrelles (ouf, il est déjà 12h30). 13h00 le choix crucial vient d’être fait (j’exagère volontairement un peu … quoique): elle a opté pour le colorie blanc avec des petites rayures bleu ciel (Ah la joie du monde du consumérisme et sa panoplie de déclinaisons possibles pour un seul article, bref…) ! Nous passons en caisse et reprenons notre visite.

Minato Mirai et ses immeubles

La principale route piétonne proposée pour visiter Minato Mirai nous permets de découvrir le building Nissan, dans lequel il est possible d’essayer les derniers modèles familiaux ou sports de la marque, avant de nous faire entrer dans une vaste allée où de gigantesques bâtiments flambant neufs forment une haie d’honneur en direction de la Landmark Tower et son centre commercial. Nous profitons de l’allure de l’endroit, et surtout du fort niveau d’ombre dont il dispose, pour faire une halte et casser la croûte. Nous avions acheté plus tôt des onigiri (petites boules de riz remplies de poisson, d’algues, et autres types d’ingrédients), version japonaise de notre sandwich, très pratiques pour se ravitailler lors de visite comme aujourd’hui. Autour de nous, des couples, mais aussi de nombreuses familles venues se détendre avec leurs enfants. C’était également le cas dans le train et, à la réflexion, même au supermarché avant de partir, nous étions entourés d’un nombre surprenant de pères faisant les courses avec leur famille. Surprenant, en tout cas, pour un lundi matin.

Un repos bien mérité

Comment est-il possible de retrouver autant de personnes venues se détendre dans un endroit pareil en début de semaine ? Il suffit de se remémorer un peu les conversations des derniers jours pour que la réponse nous apparaisse : aujourd’hui est un jour férié ! En effet le 3ème lundi du mois de septembre est la journée de respect pour les personnes âgées ; le Keirô no hi. C’est donc dans une ambiance chaleureuse, sous le soleil, au milieu des cris (ou des pleurs) d’enfants qui pataugent dans les fontaines, et des couples japonais se tenant main dans la main (chose qui n’est observable que dans ce genre d’occasions, tant les comportements en dehors des moments de détentes ou privés peuvent être codifiés) que nous reprenons notre marche en direction de la plus grande tour de Yokohama, la Landmark Tower.

 

Il est tout de même intéressant de préciser que, bien qu’étant un jour férié, tous les commerces que nous avons pu croiser étaient ouverts ; qu’il s’agisse de la poste, des petits supermarchés, des magasins de pneus… . Bref, c’était férié, mais il ne faut pas exagérer non plus : nous sommes bel et bien au Japon, où le dimanche peut être jour de shopping, et 3h du matin l’heure idéale pour aller acheter une glace.

Cet immense bâtiment (299 mètres) est composé à sa base d’un vaste centre commercial ultra-chic (pas la peine de chercher un Babou ou un Tati ici, vous n’en trouverez pas) sur 7 étages. Nous profitons d’une petite pause pour observer un groupe de percussions japonaises venu faire une démonstration – un étrange mélange entre danse traditionnelle et chanson contemporaine qui nous captive pendant une dizaine de minutes. L’envie d’une glace se faisant ressentir, nous nous dirigeons vers un glacier avec un nom vaguement italien (on s’amuse souvent des tentatives fortuites de la part des commerçants japonais de réécrire les expressions ou marques étrangères ; un exemple observé non loin de chez nous parle de lui-même avec une plaque sur laquelle est écrit : Sainte-Million. Un mélange intéressant entre un grand cru et une sœur très riche…). La file d’attente et les tarifs proposés (oui je sais, je vous avais dit ultra-chic à quoi pouvais-je m’attendre d’autre…) nous ferons rebrousser chemin et nous nous arrêterons 5 minutes plus tard dans un konbini1Abréviation de “Convenient Store”, supérettes généralement ouvertes 7/7j et 24/24h. pour rassasier nos envies.

 

Le quartier chinois et le parc de Yamashita

Nous sortons du centre commercial et donc de la tour, vers laquelle nous comptons revenir plus tard, pour nous diriger vers le centre-ville de Yokohama. Après l’excentricité et le faste, nous voilà maintenant plongés entre contemporain et historique. En effet, dans une ville qui s’est développée au début de l’époque Meiji et qui n’a jamais cessé d’être reconstruite au cours des deux derniers siècles, se déploie un mélange entre bâtiments « ultra-modernes » (habitations ou bureaux) et monuments historiques comme le théâtre, les musées, la mairie, etc., datant des années 1860 à la période de reconstruction d’après-guerre (1950-1960). On pourrait considérer l’ensemble comme un patchwork savamment orchestré (alors qu’il n’en est probablement rien), donnant un aspect très atypique au quartier (tant les bâtiments datant de la première moitié du XXème siècle sont rares au Japon). Le tout est intégré selon un plan urbain hippodamien2Cette organisation ne concerne qu’une partie de la ville. (organisation en damier ; je vous avais bien dit que je vous apprendrais des choses !), qui donne lui-aussi un air surprenant à l’endroit – quand on a l’habitude de se promener dans des quartiers japonais à l’aspect désordonné, avec des rues qui se croisent dans tous les sens et qui ne mènent nulle part et partout à la fois. Ici, tout est droit, rectiligne, les rues sont larges, aucun câble électrique n’est visible.

Nota bene : même si tout le trajet depuis le gare de Yokohama a été fait à pied, il est possible d’en réaliser l’intégralité en transports puisqu’une ligne de métro couvre la totalité des lieux.

Après un petit kilomètre de marche dans ces rues géométriques, nous arrivons devant le quartier chinois ; « Chinatown » ou « Chûka-machi », selon les appellations locales. Ici se mêlent shopping touristique poussé à son paroxysme (si vous cherchez un produit affabulé d’un panda, que ce soit un t-shirt, une fourchette et même une cuvette de toilette, ne cherchez plus : c’est ici que vous trouverez votre bonheur) et échoppes culinaires de toutes sortes (cuisine chinoise ou japonaise). Le tout forme un ensemble coloré, assez kitch il faut le dire, à l’opposé des quartiers visités plus tôt, dans lequel la foule déambule dans une ambiance bon enfant le long des ruelles. A ne pas manquer si vous passez par là !

L’entrée de Chinatown

A quelques pas du quartier chinois se trouve le parc de Yamashita – petit coin de verdure en bordure du port. Nous nous y arrêtons pour profiter de la fraîcheur des lieux. Devant-nous, la baie de Yokohama avec ses poissons qui sautent (pour je-ne-sais-quelle raison) avec frénésie hors de l’eau. Sur notre droite, un paquebot semble avoir jeté l’ancre pour ne plus jamais repartir. Il s’agit du Hikawa Maru, un bateau de croisière japonais qui effectuait la liaison Yokohama-Seattle entre les années 1930 et 1940. Il a été par la suite réquisitionné en temps de guerre et a servi d’hôpital, pour être finalement réhabilité en musée durant l’occupation américaine. On peut ainsi y découvrir ; un autre petit moment de dépaysement. Enfin, sur notre gauche se tient notre destination finale : la baie de Minato Mirai avec ses grandes tours.

 


Et ce n’est qu’à la nuit venue…

 

 

Il est maintenant 16h45. Nous remontons au pas de course et nous dirigeons à nouveau vers la Landmark Tower, avec pour objectif de profiter du dernier étage de l’édifice (le 69ème) pour observer le coucher de soleil. Je presse Coline qui, malgré tous les efforts déjà fournis et la chaleur, est toujours bien présente. Arrivés à 17h20 au pied de l’immeuble, nous nous acquittons des 1000 yens (par personne) requis pour pouvoir nous hisser, à une vitesse de plus de 12,5 mètres par secondes, grâce à l’un des ascenseurs les plus rapides de la planète, au sommet de la tour. Nos oreilles se bouchent et se débouchent, mais ça n’a pas l’air d’affecter outre mesure la groom nous qui nous récite, rigoureusement et avec une impeccable politesse, les explications citées plus haut (bon, il faut dire qu’avec une centaine d’aller-retour par jour, l’entrainement pour elle est sans doute intensif).

Une fois arrivés, nous nous dirigeons vers la première baie vitrée qui, donnant sur le nord de Tokyo, nous permet d’entrapercevoir au loin la Skytree (la plus haute tour de Tokyo) et tous les grands buildings de la ville. Après quelques minutes à détailler le panorama, un attroupement de l’autre côté du bâtiment nous invite à nous déplacer pour voir ce qui cause cette agitation.

Nous approchons du groupe avec enthousiasme, Coline espère à demi-mot, sans trop l’oser, apercevoir ce fameux emblème japonais qui, paraît-il, s’offre parfois à la vue des gens, mais ne nous a pas fait cet honneur lors de notre premier séjour. Et cette fois… ? Derrière la baie vitrée du côté ouest, sur un fond jaune-orangé se dessine ce que je ne m’attendais pas à avoir la chance de voir aujourd’hui : le Mont Fuji. Des nuages masquent sont sommet, mais les derniers rayons du soleil qui filtrent en contrebas laissent apercevoir sa base et sa silhouette si particulière – il se laisse deviner plus que voir. Mais autour de nous des dizaines de japonais, la plupart retraités, contemplent avec respect ce spectacle privilégié. Comme ci celui-ci n’était réservé qu’à un type de personnes avisées. Tous expriment leur espoir que l’horizon se dégage avant la tombée de la nuit ; mais nous n’aurons pas la possibilité de le voir  dans son ensemble cette fois-ci. Ce ne sera que partie remise – une prochaine visite est déjà programmé pour début 20183Les mois de janvier et février sont les mois ou le ciel est le plus dégagé à Tokyo. !

Magique …

Après 30 minutes passées à contempler le volcan, nous nous asseyons un moment pour décrire nos impressions et souffler un peu. Il est 18h30, la nuit vient de tomber sur le Japon et nous retournons observer le panorama qui nous est proposé du haut de notre perchoir. Petit à petit, Yokohama s’illumine sous nos yeux, laissant apparaître un nouveau paysage, de nouvelles couleurs, de nouveaux souvenirs qui resteront graver dans nos mémoires.

 

Tonkatsu avec son bol de riz et sa soupe miso

Après toutes ces émotions, et cette longue marche, il est temps d’aller reprendre des forces ! Par chance, il ne nous faudra pas aller bien loin pour trouver notre bonheur : au pied de la tour, dans le centre commercial, se trouve toute une série de restaurants (il y en a pour tous les goûts et tous les budgets) qui raviront petits et grands. Nous nous sommes pour notre part dirigés vers un magasin servant du tonkatsu (porc pané, accompagné de chou), qui sans être modeste (le restaurant,  pas le tonkatsu, ni moi-même) n’était pas non plus hors de prix (1200 yen en moyenne pour un repas) et qui proposait un très bon menu.

 

 

Pour terminer cette journée nous avons même profité de la proximité avec Cosmoworld – un petit parc d’attraction où l’on trouve quelques manèges (montagne russe, grande roue, etc.), pour nous amuser un peu.

Yokohama de nuit depuis la Landmark Tower

Seule petite déception pour nous sur cette journée : nous n’avons pas pu, faute de temps, aller nous promener au Sankei-en (le plus grand parc de Yokohama), qui se trouvait être assez loin de notre chemin. Mais ce ne sera que partie remise pour notre prochaine visite !

Voilà, il est l’heure pour nous maintenant de repartir en direction de la gare de Yokohama, et de prendre le train du retour. J’espère que ce petit article vous aura autant donné envie qu’à nous de venir visiter ou revisiter cet étrange endroit où se mêlent technologie, architecture et histoire du Japon moderne.

 

Galerie :

En bref :


La ville :
Yokohama (kanji : 横浜)

Site de la ville : http://www.yokohamajapan.com

Durée de notre visite : une journée

Transports (depuis la gare de Tokyo) : JR Tokaido Line (orange), 30 minutes, environ 500 yens/personnes.

Manger : La zone est tellement vaste et peuplée que vous trouverez de tout pour tous les budgets, laissez votre cœur (ou votre estomac) vous guider.

Coup de cœur : Le coucher de soleil (compter entre 16h30 et 17h30, selon la saison) au dernier étage de la Landmark Tower, 1000 yens/personnes.

 

Notes   [ + ]

1. Abréviation de “Convenient Store”, supérettes généralement ouvertes 7/7j et 24/24h.
2. Cette organisation ne concerne qu’une partie de la ville.
3. Les mois de janvier et février sont les mois ou le ciel est le plus dégagé à Tokyo.

About The Author


Sylvain

Diplômé d'un master LCE Japonais. Après un premier voyage en 2010 et une année d'échange à Nagoya (NUFS Nagoya University of Foreign Studies), je profite actuellement des études de ma compagne, pour venir parfaire mes connaissances de la langue et de la culture japonaise.

3 Comments

  1. Plan A : tu deviens journaliste
    Plan B : tu reprends une célèbre agence de communication au regard des compétences dont tu fais preuve en termes rédactionnels 🙂
    Plan C : tu t’investis auprès du gouvernement japonais afin de promouvoir le territoire
    Plus synthétiquement : chapeau !!!!

Leave a Comment to Sylvain Cancel Reply